mercredi 29 juin 2016

Avertissement

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mercredi 24 février 2016

Introduction

Cette deuxième série de carnets comporte les récits de voyages effectués de 1989 à 2001.
Hormis les voyages en avion vers l'Afrique, l'Océanie, l'Amérique et l'Asie, Viviane et moi avons parcouru l'Europe avec notre fourgon Trafic Renault, sommairement aménagé.
Quant à la France, j'ai continué à  la parcourir à pied ! (cf. mes blogs de GR.)

Jean-Marie Mengin


1989 Liechtenstein (troisième voyage)

Mercredi 5 avril 1989

En fin de matinée, je pars de Strasbourg en voiture avec Alexia (14 ans) et Caroline (12 ans) pour un voyage de trois jours : passage par l'Allemagne (autoroute badois) et la Suisse. Nous nous arrêtons en cours de route pour pique-niquer.
Nous atteignons à 18h30 la principauté du LIECHTENSTEIN.
Comme il y a quatre ans avec Viviane, nous nous installons au camping de Meierhof, à Triesen. Nous montons la tente sous la pluie dans un camping presque désert.
Dispute avec les filles pour savoir qui dormira sous la tente. Ce sera moi !
A l'entrée de Vaduz, nous mangeons dans un petit restaurant où j’étais également venu avec Viviane.

De nuit, nous roulons jusqu’au sud de la principauté. Sur la route déserte, Caroline, oiseau de mauvais augure, prédit un malheur… Nous faisons demi-tour à la limite de la frontière suisse et allons faire une balade de nuit autour de la chapelle, illuminée par des projecteurs latéraux, à Balzers.
Nous rentrons au camping vers 22h. Je dors sous tente, et les filles dans la Mazda.

Jeudi 6 avril 1989

Il a plu cette nuit. Au matin, le ciel est encore bien gris. Ça va s’améliorer en cours de journée, mais il ne fait pas chaud.
Nous allons prendre le petit déjeuner au restaurant d’hier soir. Par la suite, nous faisons une balade à VADUZ et nous montons par le sentier piétonnier au château du prince régnant. Ce magnifique château du XIIe siècle est toujours la résidence de la famille princière. Il ne se visite pas. 



Nous prenons des photos extérieures, chacun d’entre nous avec son propre appareil. Il faut une certaine patience, car Alexia met un temps fou à faire ses mises au point…, nouvel appareil photo oblige ! 


Retour à Vaduz par la route. Nous entrons en ville par une rue étroite bordée d’un muret, un semblant de village encore un peu authentique avant le centre financier international qu’est Vaduz.


L'après-midi, nous montons en voiture en montagne jusqu’à la station de ski de Malbun, dans sa belle vallée alpestre. Le site est encore enneigé. La circulation est difficile.
Descente par de petites routes vers la vallée du Rhin. Nous visitons la chapelle Dux (XVIIIe siècle),  de style baroque, dans une prairie aux abords de Schaan
Nous passons ensuite à Planken, ancienne colonie « wals », petit hameau de montagne. Ses belles maisons de bois sont remarquables. 


Au-dessus du village, on aperçoit les sommets enneigés de la ligne de crête à plus de 2000 m.


Nous nous dirigeons vers les collines du Schellenberg, cette contrée vallonnée aux paysages doux du nord du Liechtenstein que nous parcourons en voiture.

Le soir, nous retournons manger au petit restaurant. Nous rentrons ensuite passer la nuit au camping.

Vendredi 7 avril 1989

Nous quittons le Liechtenstein vers 10h30 par les collines du Schellenberg aujourd’hui ensoleillées et nous passons en AUTRICHE, dans le Vorarlberg.
De beaux calvaires fleuris et protégés par un toit parsèment la campagne.


Nous arrivons à Feldkirch.
Petit itinéraire à pied dans la vieille ville, au charme médiéval intact (Markt Platz, Kreuzgasse et les tours des remparts).
Nous montons jusqu’au château de Schattenburg que nous ne pouvons pas visiter, car nous n’avons pas de schillings autrichiens.
Nous pique-niquons au bord du lac de Constance (Bodensee), après Bregenz, sur les pierres de la jetée.
A partir de 14h, nous prenons la route du retour à travers l’Allemagne. Les filles sont ravies de ce petit voyage.
Arrivée à Schiltigheim vers 18h30.


*****

1989 Cap Nord

Dimanche 2 juillet 1989

A 12h15, départ de Schiltigheim avec Viviane, Alexia (14 ans) et Caroline (12 ans) pour la Scandinavie.
Nous partons dans notre fourgon, un Trafic Renault que nous avons acheté récemment. L’aménagement est des plus sommaires : plancher isolé, siège arrière supplémentaire pour les filles, étagère au-dessus de la cabine, table de camping et plaque de camping-gaz.
L’étagère est bourrée de victuailles, en prévision de trois semaines de voyage, vu le niveau de vie des pays scandinaves.
Nous commençons la traversée de la République fédérale d'ALLEMAGNE.  Nous pique-niquons au bord de l’autoroute.
Trajet par Frankfurt, Hannover.
Vers 20h, nous sortons de l’autoroute au nord de Hanovre. Nous nous arrêtons dans la nature près de Isernhagen (Land de Basse-Saxe). Nous nous garons à l’entrée d’un bosquet pour manger dans le Trafic. Par la suite, nous installons les matelas et le couchage : les filles en hauteur à l’avant, et nous sur le sol à l’arrière. Lorsque les filles sont installées, Viviane et moi les laissons un moment rigoler ensemble, pour aller faire une petite promenade au bord de la route à la tombée de la nuit.
Nous dormons tous les quatre dans le Trafic.

Lundi 3 juillet 1989

A 9h45, après le petit déjeuner dans le Trafic, nous poursuivons notre route.
Passage par Hamburg et arrivée vers midi à Lübeck (Schleswig-Holstein).
Nous pique-niquons près de Lübeck, à la sortie de la ville, sur un banc, juste en face de la frontière avec la République Démocratique Allemande.
Peu fréquentée, cette frontière entre les deux Allemagnes ! De temps en temps, quelques voitures passent dans un sens ou dans l’autre.
Nous poursuivons vers la mer Baltique. Nous faisons le plein d’essence en Allemagne, car au Danemark l’essence est très chère. Quittant l’autoroute, nous roulons jusqu’à l’île de Fehmarn, accessible par un pont routier, et nous atteignons le port de Puttgarden. A 16h, nous prenons un bac qui traverse le détroit de Fehmarn.
A17h, nous arrivons à Rødbyhavn, dans l’île de Lolland, au DANEMARK.
Nous traversons l’île de Lolland, désespérément plate, puis l’île de Falster, reliées entre elles par des ponts. Nous atteignons par une digue l'île de Møn, un petit joyau écologique empreint de douceur et de charme.

Vers 18h30, nous nous installons dans un camping à Liselund. C’est une vaste prairie agréable et ensoleillée où nous sommes quasiment seuls. 


On installe les chaises et la table de camping. Les filles sortent leurs affaires et commencent leurs devoirs de vacances…


On monte la tente de randonnée et nous mangeons dehors au soleil couchant. Vers 22h30, il ne fait pas encore nuit. Nous faisons une balade dans la prairie.
Viviane et moi dormons dans le fourgon et les filles sous la tente, comme nous le ferons habituellement.

Mardi 4 juillet 1989

Au matin, nous nous promenons dans le magnifique parc à l’anglaise du château de Liselund.
Ensuite, en Trafic, nous visitons l'île de Møn, par de petites routes de campagne, sinueuses et vallonnées.
Sur la pointe est de l’île, une curiosité géologique, le site de Møns Klint . Il y a 20 000 ans, la brusque glaciation des eaux releva le fond crayeux de la mer en de hautes falaises, parsemées d’aiguilles et d’escarpements. C’est une côte découpée par l’érosion laissant apparaître les différentes formations de la roche ainsi que des millions de coquillages et d’animaux fossilisés.
L’église d'Elmelunde est la plus ancienne de l’île. Elle présente des fresques de scènes de la Bible. Toute blanche sur une petite butte, elle servait jadis de repère aux pêcheurs.

Nous continuons notre trajet vers Copenhague, dans l’île de Seeland.
L’après-midi, nous visitons la capitale KØBENHAVN (Copenhague), une ville vivante et agréable.
- Le château de Christiansborg abrite le Folketing, le parlement danois. Construit en 1745, il brûla à plusieurs reprises.
- Kongens Nytorv est le centre aristocratique de Copenhague : cafés célèbres, grands magasins.
- Nyhavn est un des quartiers les plus vivants et les plus fréquentés de la ville : succession de vieilles maisons, investies aujourd’hui par la petite bourgeoisie urbaine, de part et d’autre d’un canal aux bateaux figés. Les marins s’y mêlent à la population du quartier dans les cafés des quais. On y rencontre matelots au chômage, prostituées et ivrognes…


- La place Amalienborg est un bel ensemble architectural composé de quatre palais du XVIIIe siècle. L’un est aujourd’hui celui de la reine.
Et puis on va évidemment voir la Petite Sirène. Elle n’a pas bougé, depuis mon passage avec Christine il y a 11 ans !


Dans la soirée, nous quittons Copenhague et roulons vers la Seeland du Nord, par la côte est de l’île. Nous traversons Helsingør. A la recherche d’un lieu pour dormir, nous stoppons sur un parking en forêt au bord d’une route secondaire.
Vu l’emplacement restreint et peu convivial, nous mangeons et dormons tous dans la voiture.

Mercredi 5 juillet 1989

Le matin, nous faisons une balade à Helsingør, port de pêche et de commerce, le point le plus proche de la Suède.
A 12h30, nous embarquons sur un bac en une traversée de 4 kilomètres pour atteindre la SUEDE.

Membre de l’Union de Kalmar, alliance conclue entre les trois royaumes scandinaves de Danemark, Suède et Norvège, depuis 1397, le Royaume de Suède  rétablit son indépendance le 6 juin 1523, sous l’impulsion de Gustave Vasa.

Nous débarquons à Helsingborg, l’un des ports d’entrée de Suède, lieu de transit très important.
Au poste de police, on nous distribue un prospectus sur la conduite en Suède : il est obligatoire de rouler en feu de croisement de jour comme de nuit ; ce n’est pas celui qui double qui doit se déporter, mais celui qui se fait doubler qui se déporte sur le bas-côté. D’ailleurs les routes suédoises sont étudiées pour. Une conception de la conduite forcément très différente de ce que l’on connaît chez nous…
L’après-midi, nous faisons route vers le nord le long de la mer Baltique. Nous empruntons la route européenne E6 qui monte jusqu’à Kirkenes, à l’extrême nord de la Norvège, à la frontière de l’URSS. Nous n’y sommes pas encore…
Nous traversons Göteborg, roulons jusqu’à Uddevalla. La route traverse des paysages accidentés où les blocs de granit alternent avec les étendues de bruyère.
Nous nous détournons sur la route de Lysekil. Nous allons nous arrêter dans un pré, pour y passer la nuit (enfin, ce qu’il en reste !) sous la tente et dans la voiture…

Jeudi 6 juillet 1989

… Vers 2h du matin, je me réveille. Je constate qu’il fait jour (encore ou déjà ?).
Nous levons le camp à 10h30. Nous gagnons à nouveau la côte, cette fois de la mer du Nord.
On y trouve d’adorables petits ports où les Suédois possèdent leurs maisons de pêcheurs quand ce n’est pas leur îlot particulier…
A 11h45, nous atteignons la frontière. Passage en NORVEGE.

Après l’éclatement de l’Union de Kalmar, la Norvège passe sous domination danoise en 1523. En 1814, elle passe sous contrôle suédois tout en conservant une constitution propre. Le 7 juin 1905, le Royaume de Norvège recouvre son indépendance.

Nous roulons jusqu’à OSLO et allons y passer l’après-midi jusqu'à 18h.
Les Norvégiens aiment la nature. Peut-être est-ce pour cela qu’ils n’ont jamais su construire de grandes villes. A Oslo, l’architecture ancienne côtoie des constructions modernes, le tout sans grand charme. Pourtant Oslo est une ville animée avec un côté latin. Lors des longues soirées d’été, le quartier piétonnier est noir de monde.

Nous parcourons Karl Johansgate. C’est la grande artère d’Oslo. Nombreux cafés avec terrasse où des joueurs de guitare essayent de gratter quelques couronnes (la monnaie norvégienne) aux badauds. Nous visitons la cathédrale, en face de la gare centrale. 


Construite sur les plans d’un architecte français, elle fut entièrement rénovée au XIXe siècle. Ce n’est pas un chef-d’œuvre. On y entre surtout pour son retable dont les personnages sont en relief.

Nous montons vers l'Akershus Festning, une grande forteresse édifiée au début du XIVe siècle par Haakon V. 


L’enceinte a été aménagée en un parc agréable. On y trouve un petit château ainsi que le musée des forces armées, apologie des machines à tuer depuis les Vikings jusqu’à nos jours. Le musée de la Résistance rappelle l’envergure de la guerre clandestine contre le nazisme, car la Norvège contrairement à la Suède fut envahie pendant la deuxième Guerre mondiale.
Depuis l’enceinte, on a une vue sur le port et la ville. Alexia prend des photos : longues poses interminables avec son appareil qu’elle ne maîtrise pas encore!


Nous redescendons en ville. La place de la gare est vraiment un amalgame curieux entre  les bâtiments anciens et modernes.


Lorsque nous regagnons le Trafic, un billet est apposé sur la vitre, pour stationnement illégal. Mais pas de PV, seulement une mise en garde nous informant de l’infraction…

Nous poursuivons notre route jusqu'au lac de Mjøsa. Le paysage change, devient montagneux. Le lac est situé dans un écrin de verdure. Nous parcourons la rive pour trouver un endroit où nous arrêter.
Il fait beau. Nous campons au bord du lac. Les filles s’installent  pour bouquiner. 


Viviane trempe les fesses dans l’eau, mais pas longtemps car le lac est froid. Puis c’est la corvée de toilette quotidienne pour les filles : se laver dans une cuvette d’eau. Ce soir, c’est même les cheveux qu’on va laver. On chauffe tout de même l’eau sur le réchaud ! Ça râle un peu, mais pas trop…
Le changement de latitude se manifeste de plus en plus. A minuit, il fait encore jour.

Vendredi 7 juillet 1989

Nous quittons le lac à10h40. Nous nous arrêtons à la poste de Hamar, la localité la plus proche : achat de timbres pour Caroline et Serge, envoi de bafouilles. Nous passons à Lillehammer, à l’extrémité nord du lac de Mjøsa.
Trajet pendant toute la journée vers le nord, à l’intérieur des terres, sur la route E6 en direction de Trondheim.
Il n'y a pas, comme chez nous, de petits villages espacés de quelques kilomètres les uns à la suite des autres. L'habitat est totalement dispersé.
Après Dombas, ça grimpe d'entrée de jeu, pour se retrouver sur un haut plateau. Nous sommes très vite à une altitude de plus de 900 mètres, les monts alentour culminant aux environs de 1300 mètres. Arbrisseaux nains, lichens recouvrant la roche à perte de vue, petits torrents et eau stagnante un peu partout…
Quittant le comté de l'Oppland, on entre dans le comté du Sør-Trøndelag. Insensiblement, le paysage change et se transforme en une vallée minérale. L'eau est vraiment partout, mais beaucoup plus visible que sur le plateau. On passe le défilé de la Driva, une rivière des plus réputées en Norvège pour la pêche au saumon. On atteint la gare de Drivstua, avec un toit végétalisé. 


On dirait la photo d'une maquette, tellement c'est joli. Mais non, c'est vraiment la gare, pour un village de quatre maisons.
Nous traversons Oppdal, une cité importante, très tournée vers les sports d'hiver, station de ski réputée.
Les cascades se succèdent presque sans arrêt, mais c'est partout comme ça en Norvège. Ces parois rocheuses sont trempées par les torrents qui déboulent du haut.
Le soir, nous parvenons à l’entrée de Trondheim. A la recherche d’un emplacement pour la nuit, nous stationnons avant la ville, non loin de la route, la tente derrière la voiture.

 Samedi 8 juillet 1989

Il fait froid ce matin, et le ciel est couvert. Nous revêtons vestes et pulls pour visiter Trondheim.
C’est déjà l’antichambre du Grand Nord. Aspect d’une ville un peu froide (et le temps y aide !), mais de taille humaine et allure sympathique : un petit centre piéton moderne et commercial, un petit marché sur la place centrale, un vieux pont-levis en bois peint en rouge enjambant la Nidelva, Gamlebybru.


Le long de Kjømannsgate sont alignés d’énormes entrepôts en bois sur pilotis, bien restaurés, qui appartenaient aux armateurs et aux marchands.


Nidarosdomkirken, la cathédrale, est l’un des plus beaux édifices gothiques de Norvège. Elle fut élevée sur les restes de saint Olav. Plusieurs fois détruite par les incendies, elle fut à chaque fois rebâtie, toujours plus belle.
Trondheim est le berceau de l'histoire norvégienne. Cela fait plus de mille ans que le roi viking Olav Tryggvason arriva par le fjord de Trondheim et décida de l'emplacement de la cité (997). C'est encore dans la cathédrale de Nidaros que les rois viennent se faire couronner.

L’après-midi, nous faisons route vers le nord. A partir de Trondheim, la route va longer les fjords dans l’étroite bande entre la mer de Norvège  et la frontière suédoise.
Après Steinkjer, nous délaissons la route E6 pour emprunter une route parallèle qui longe la rive opposée d’un lac. Nous traversons de beaux paysages bucoliques. C’est sur cette route que nous allons trouver l’une des plus belles peintures rupestres de Norvège. Un sentier mène en forêt à la peinture rupestre de Bøla, indiquée par le Guide du Routard. Sur une paroi rocheuse et lisse, on peut voir la silhouette grandeur nature d’un renne gravée voici environ 5000 ans, en superbe état de conservation.


On récupère un peu plus au nord la E6. On longe une belle rivière jusqu’à Grong. La route se poursuit, côtoie des collines encore enneigées, longe la rivière sauvage que remontent les saumons, atteint la taïga.



Dans la soirée, nous nous arrêtons en bord de route et établissons notre campement. On fait un feu pour éloigner les moustiques, de plus en plus omniprésents.
Plus on se dirige vers le nord, plus le camping sauvage en Norvège est pratiqué. La législation est assez souple. Installés sur nos sièges de camping, nous nous délassons en lisant. 


Une moto qui monte vers les îles Lofoten glisse dans le virage, et le pilote s’affale sur la route. Nous nous précipitons pour venir à son secours. Plus de peur que de mal ! Mais la conversation n’est pas facile. En norvégien, surtout pas… mais même en anglais. C’est l’occasion pour les filles de se moquer de mon anglais balbutiant. Seulement, aucune d’entre elles ne se risque à m’aider ! Le motard va pouvoir repartir sans encombre.
Nous sommes au 65ème parallèle. La nuit ne tombe plus. Etrange ! Tous les repères habituels du jour et de la nuit ont disparu. On va tout de même se coucher…

Dimanche 9 juillet 1989

Toute la journée, profitant du dimanche où il n’y a rien à voir dans les villes, nous allons rouler. On prend de l’essence et par la même occasion on se ravitaille en eau, et parfois en glaçons.
On traverse Mosjøen. La route vers Mo I Rana offre de superbes panoramas sur de vastes étendues de vallées ouvertes, de lacs, de neiges éternelles et de champs de bouleaux. Petite ville minière à 500 km de Trondheim, Mo I Rana est peu accueillante. On ne fait qu’y passer.
Depuis une cabine publique, on téléphone à Jean-Lionel. Il vient de rater son baccalauréat. Le con ! Silence pesant dans la camionnette. Les filles, si elles ont envie de ricaner, ne s’y hasardent pas…
Le paysage se fait de plus en plus étrange. Un changement s’opère dans la végétation. Proximité du cercle polaire, altitude plus élevée : les abondantes forêts disparaissent pour laisser la place à des collines pelées, battues par le vent. Sensation étrange.
Nous atteignons à 17h le Cercle polaire arctique (66°33' latitude nord), matérialisé par un bloc de pierre surmonté d’une sphère.


La toundra environnante est parsemée de plaques de neige. Des baraquements en bois accueillent le voyageur. Nous y faisons une halte pour prendre une boisson chaude, envoyer des cartes postales.
Nous poursuivons notre route dans le Nordland. Le paysage se fait plus avenant, moins désolé que sur le plateau du cercle polaire. Nous traversons Fauske, petite bourgade sympathique, point de passage obligé sur la route du Cap Nord. C’est le terminus de la ligne ferroviaire. A partir de là, les bus prennent le relais.
La route est enchanteresse, entrecoupée de multiples tunnels étroits creusés sur les flancs de la montagne bordant les fjords. On traverse d’épaisses forêts surmontées de masses rocheuses curieusement dénudées. La végétation n’a plus prise, même à moyenne altitude. Sur les sommets, la neige abonde.
Nous nous arrêtons à 21h30 dans un pré, en contrebas de la route entre Fauske et Narvik. Une pluie légère se met à tomber. Nous dormons dans le Trafic tous les quatre.

Lundi 10 juillet 1989

Au matin, c’est la galère ! Impossible de sortir du pré. La pluie a rendu l’herbe glissante. Le Trafic ne parvient pas à remonter vers la route. Après moult essais, je me résigne à demander de l’aide.
Je fais signe à une voiture. Elle s’arrête. C’est une famille qui monte vers le nord. J’essaye d’expliquer notre problème. Le conducteur sort sa hache, coupe des branches que l’on place sous les roues. En Norvège, tout le monde est équipé ! En marche arrière, nous parvenons enfin à remonter. Ouf !
On remercie chaleureusement nos sauveteurs et on se remet en route à 12h20.
Trajet vers le nord. Le soleil est revenu.


A Bognes, en face des îles Lofoten , la route s’arrête. Les pitons rocheux des îles se dressent vers le ciel. Il nous faut emprunter un bac pour la traversée d’un fjord.
Nous retrouvons à l’embarcadère la famille norvégienne qui nous a aidés. Nous lions connaissance pendant la traversée. Le couple est affilié aux Témoins de Jehovah. Leurs deux enfants sont charmants. La grande fille est attirée par Caroline, blonde comme elle. Echange d’adresses.


La route reprend le long du fjord jusqu’à Narvik. Capitale du fer, ville en longueur où il n’y a pratiquement rien à voir. La seule chose un peu curieuse est un grand panneau où sont indiquées les distances entre Narvik et les grandes villes européennes. Paris est à 2979 km, Leningrad à 1531, le Cap Nord à 739, le Pôle Nord à 2420. Et bien sûr, Kirkenes, dernière ville avant la frontière de l’URSS, terminus de la route E6, à 1049 km


On reprend notre trajet le long d’un fjord.


Vers 19h, nous établissons notre campement dans la nature. Le soleil éclairera toute la « nuit » les collines environnantes, émaillées de plaques de neige.


Mardi 11 juillet 1989

Départ à 11h20.
Nous nous arrêtons au soleil pour manger. On peut encore se mettre torse nu. Pas trop longtemps tout de même. De gros taons un peu inquiétants m’incitent à remettre mon tee-shirt.
La route serpente le long de beaux fjords. La végétation se raréfie, les montagnes sont plus dociles, les arbres se cantonnent en basse altitude.
On rencontre de plus en plus de séchoirs à morues. Ce sont des installations de fortune montées par les pêcheurs avec des branches d’arbres où s’alignent les morues que l’on fait sécher en plein air. Le tout recouvert par des filets de protection contre les oiseaux. Certaines atteignent des tailles importantes avec des alignements de plusieurs centaines de poissons.


















Nous arrivons en soirée dans la province du Finmark, en Laponie. Désertique, infestée de moustiques, c’est la province la plus septentrionale du pays. Végétation rase mais vivace, qui résiste à un climat dur et capricieux fait de vents violents et de pluies soudaines.
C’est ici le pays des Lapons ou « Samis ».
Les Samis sont le peuple indigène du nord de la péninsule scandinave. Ils vivent dans la région s'étendant du nord de la Norvège à la péninsule de Kola en Russie. Les Samis étaient traditionnellement un peuple nomade. L'économie est principalement basée sur l'élevage de rennes, la pêche, la chasse et l'artisanat. Leurs us et coutumes différent entièrement de ceux des Norvégiens. Les Samis peuvent se targuer d'une longue tradition comme gardiens et éleveurs de troupeaux de rennes et ils ont su préserver leur propre culture et leur identité ethnique en conservant entre autres leurs propres costumes. De nombreux Samis continuent à garder leur mode de vie nomade, comme par les siècles passés, vivant dans des tentes qu'ils déplacent au gré de la migration des troupeaux, toujours en quête de nouveaux pâturages. L'élevage des rennes est resté quasiment le même qu'autrefois même si les Samis ne renient pas certaines améliorations apportées par le monde moderne, tel que le scooter des neiges. Pendant le Moyen Age, les Vikings ont repoussé le peuple same jusqu'au nord du cercle arctique. A partir du XVIIe siècle, les royaumes de la Norvège et de la Suède ont essayé d'assimiler les Samis en les convertissant au christianisme et en interdisant leur langue. La création de frontières entre la Suède, la Norvège et la Finlande a obligé les Samis à s'adapter à la culture du pays où ils ont dû vivre.
Il y a dix langues sames, parlées de la Norvège à la Russie, qui appartiennent à la famille finno-ungarique et partagent la même origine que le finnois, l'estonien et le hongrois. Mais, selon le pays où ils vivent, ils peuvent aussi parler finnois, norvégien, suédois ou russe.

On rencontre quelques campements lapons, installés au bord de la route, où sont exposées des peaux de rennes à vendre aux touristes. 
















On s’arrête dans l’un d’entre eux et l’on visite une tente, « lavvu », construite en bois de bouleau couverte de peaux de rennes. Une grand-mère pose en costume traditionnel. Caroline en profite pour faire quelques photos.


En vérité, les Lapons adoptent de plus en plus les mœurs des Norvégiens, se sédentarisent et se baladent en scooter des neiges…
La luminosité rasante sur le fjord laisse apparaître la ligne de crête des montagnes de l’île d’en face. 


On roule avec le soleil dans les yeux. On comprend bien pourquoi tout le monde roule en code…
On côtoie les maisons en bois, les églises en bois.


L’église de Talvik devant laquelle nous nous arrêtons en est un exemple.
Ces églises en bois sont une curiosité du patrimoine artistique norvégien. Les premières églises datent des débuts du XIe siècle. Certaines sont dans un parfait état de conservation car le matériau est recouvert de goudron qui le préserve de l’humidité.


Sous la domination danoise, l’église luthérienne s’est installée dans le pays. La Norvège est encore aujourd’hui un état confessionnel où le luthéranisme est la religion d’Etat.
Nous atteignons le fjord d’Alta. Nous installons le camp pour la soirée au-dessus du fjord. Paysage magnifique. Et en plus il y souffle un vent assez fort, donc pas de moustiques. Pas besoin de feu non plus. Magique ! Vers minuit, le soleil caché derrière une colline s’apprête à réapparaître. Le ciel est bleu, parcouru par quelques nuages…


Mercredi 12 juillet 1989

Au matin, nous sommes réveillés par la cacophonie des oiseaux de mer : labbesgoélands marinsguillemots
Au départ, on oublie sur les lieux une casserole et une cuvette. Lorsqu’on s’en aperçoit, on est déjà loin. Les filles ricanent : « tiens, on ne pourra plus se laver ! »
Dernière grande ville avant le Cap Nord, Alta ne présente aucun intérêt. Par contre, elle possède un des plus beaux champs de gravures rupestres d’Europe que nous visitons. Un ponton en bois court le long du site. Incroyables gravures représentant des scènes de la vie primitive datant de 6000 ans avant JC. Il est fascinant de penser que des peuples venant sans doute de Mongolie vécurent ici il y a si longtemps.

L’après-midi, nous faisons route vers le Cap Nord. Nous passons à hauteur d’Hammerfest (8000 habitants), à 60 km de la route E6. Nous ne faisons pas le détour. Les dépliants touristiques disent que c’est la ville la plus septentrionale au monde.
On abandonne la route E6 pour monter vers l’extrême-Nord. La dernière portion de route vers le Cap Nord traverse d’étranges contrées. La forêt n’existe plus, la roche est nue, les éboulis s’amoncellent au pied des montagnes. Les grandes plaines battues par le vent sont abandonnées aux rennes. On y rencontre quelques campements lapons aussi.
On aperçoit un renne qui broute au bord de l’eau du golfe Porsangen.


Et puis on en voit de plus en plus, sur les hauteurs ou sur le bord de la route.


Les troupeaux de rennes, semi-domestiqués, deviennent un élément du paysage.


A 18h, nous arrivons au bout de la route, à l'embarcadère de Kåfjord. Il va nous falloir patienter plusieurs heures, car beaucoup de monde attend le passage du bac.
A 20h45, nous embarquons dans le ferry pour Honningsvåg, dans l'île de Magerøya (une heure de traversée). L’arrivée est impressionnante. Ce port est l’ultime étape avant la falaise du Cap Nord.
Nous roulons jusqu’au cap. L’île est un grand désert de pierres où ne pousse quasiment rien. Il existe deux ou trois petits villages de pêcheurs. Dispersés de part et d’autre de l’île, ils sont reliés par de petites routes chaotiques. Le temps semble suspendu. Hormis quelques moutons, les seuls animaux visibles sont les rennes, amenés par les éleveurs lapons pour l’été.
On rencontre de petits monuments de pierre, érigés par des mains anonymes, qui matérialisent un hommage, une prière ou un simple témoignage.


Nous atteignons le but de notre voyage, le Cap Nord (point le plus septentrional de Norvège et d'Europe : 71°10').
Le site du Cap Nord est une falaise de 300 mètres qui tombe à pic dans l’océan Glacial Arctique (mer de Barents). Si la vue du soleil de minuit dans cet environnement est formidable, l’exploitation du site relève de l’escroquerie. Un vaste parking payant où l’on demande une somme exorbitante par personne. Sur le site, on a construit une sorte d’énorme blockhaus avec des boutiques de souvenirs et de larges baies vitrées pour admirer le soleil.
Nous refusons de payer une telle somme et nous nous installons un peu avant, à droite sur la lande. C’est théoriquement interdit, mais beaucoup de monde fait comme nous.
Nous mangeons dans le Trafic…

Jeudi 13 juillet 1989

...Nous allons faire une balade dans la lande  au « soleil de minuit ».
Nous emmenons avec nous nos manteaux, dont nous n’aurons pas besoin. Des véhicules 4x4 cerclent pour empêcher les gens comme nous qui n’ont pas payé le parking de s’approcher de trop près de la falaise. Mais ce n’est pas nécessaire. Le spectacle est aussi beau d’un peu plus loin. 


Assis sur la lande, à 1h30 du matin, avec lunettes de soleil, nous admirons le vaste globe rougeoyant qui semble sortir de la mer et qui incendie le paysage d’une lumière irréelle.


Lorsqu’il monte peu à peu dans le ciel, la nature subit une métamorphose : les horizons lointains paraissent à portée de main. Inoubliable spectacle ! Phénomène éphémère et superbe !
A 2h30, il commence à faire frisquet. On enfile les manteaux puis nous rentrons dormir tous les quatre dans la camionnette.

Départ à 8h. Dommage de n’avoir pas le temps de rester plus longtemps dans l’île.
Passage du bac à Honningsvåg de 9 à 10h.
Nous entamons notre trajet de retour vers le sud. Nous retrouvons la E6 que nous empruntons encore jusqu’à Lakselv. Là, nous l’abandonnons définitivement. Il lui reste 350 km à parcourir jusqu’à Kirkenes, à la frontière soviétique.
Nous nous enfonçons dans la toundra, à l'intérieur de la Laponie.
Nous faisons un arrêt à Karasjok, la capitale des Lapons, qui compte 2600 habitants et 30 000 rennes…
Nous visitons l’église en bois, construite en 1807, la plus vieille du Finmark.















Nous arrivons en FINLANDE, à la frontière de Karigasniemi, à 18h15 (19h15 locale, suite au changement de fuseau horaire). 
Petite frontière campagnarde. Quelques baraquements en bois. Pas de formalités.

Partie du royaume de Suède, la Finlande passe sous la souveraineté de la Russie de 1809 à 1917 en tant que Grand-Duché autonome. Pendant les événements révolutionnaires russes, la Finlande proclame son indépendance, à l'instar de ses voisins baltes, le 6 décembre 1917.
En 1919, elle devient la République de Finlande.

Ici, c’est la toundra, dans sa beauté la plus poignante.
La flore de la toundra est très restreinte. Du sud au nord, on rencontre des landes à arbustes avec de nombreuses espèces de saules herbacés nains, des landes où se trouvent encore quelques arbres comme les bouleaux, puis des pelouses, enfin des zones où la végétation n'est plus représentée que par des mousses et des lichens (certains consommés par les rennes). Toutes ces plantes ont une croissance ralentie par les conditions climatiques extrêmes.

Nous campons  non loin de la frontière. On fait d’abord un feu, on sort la table, et les filles s’installent pour faire leurs devoirs ! 


Manches longues et foulard protecteur. La toundra, pendant le court été arctique, est infestée de moustiques.
Après le repas, alors que les filles s’endorment sous la tente et que le feu s’éteint, je sors faire une balade dans la toundra environnante. 



J’aperçois de temps à autre quelques rennes. Les produits anti-moustiques habituels sont absolument inefficaces. Comme les gens d’ici, je me badigeonne à l’oignon. On peut manger de l’ail, aussi…
Dans le fourgon, c’est l’enfer. Les moustiques s’infiltrent par tous les orifices disponibles. Les filles, sous tente, ont plus de chance que nous. A condition d’aller très vite en pénétrant sous la toile, elles sont hermétiquement protégées.

Vendredi 14 juillet 1989

On a terminé notre « nuit », camouflés sous les draps…
Comme nos repères jour-nuit ne veulent plus rien dire, nous quittons notre emplacement vers midi. Nous faisons route en Laponie finlandaise. Les troupeaux de rennes sont partout, même sur la route…
Nous atteignons Inari, gros village au bord d’un lac de près de 100 kilomètres de long. On change de l’argent en marks finlandais.
Comme nos provisions commencent à fondre, nous faisons quelques achats : saumon, viande de renne. Le saumon est plus accessible au niveau du prix que la viande.
Nous visitons le musée lapon de plein air (13h10 - 14h10). Exposition de tous les types d’habitat lapon : ameublement, outils, armes, objets domestiques…

Nous poursuivons notre route et nous arrêtons vers 19h au bord d'un lac protégé de la vue par des conifères. Nous trouvons un emplacement pour nous installer. Le ciel est chargé de nuages, mais le soleil résiste. 


Alexia et Caroline perturbent ce bel équilibre en lançant des cailloux dans l’eau aux côtés d’un canoë de pêcheurs.


Un camping-car a déversé dans la nature le contenu de ses toilettes. Il ne faudra pas s’étonner si un jour le camping sauvage est interdit !

Samedi 15 juillet 1989

Nous retrouvons la taïga.
Sodankylä, nous visitons une vieille église en bois, camouflée dans la végétation. C’est une des plus vieilles de Finlande. Sobre et nue, comme toutes les églises luthériennes.


La route traverse de grandes forêts de conifères. L’habitat est dispersé dans la nature. Les distances sont énormes entre les agglomérations. Il n’y a pas vraiment de centre de village.
On aperçoit beaucoup de maisons en rondins, avec l’échelle permanente qui grimpe sur le toit, afin de déneiger plus facilement. 


Les rivières charrient de longs chapelets d’arbres abattus qui seront récupérés en aval. Moyen de transport le plus naturel et le moins onéreux !


Nous retrouvons le Cercle polaire à l’entrée de Rovaniemi. Nous visitons la maison de Santa Klaus, la maison du cercle polaire. Assez piège à touristes : boutiques de souvenirs, cachet spécial de la poste. C’est ici que les enfants du monde entier envoient leur lettre au Père Noël (plus de 150 000 par an).
Nous parcourons en voiture Rovaniemi, capitale de la Laponie finlandaise. Grande ville moderne sans charme, elle ne correspond pas à l’idée qu’on se fait d’une ville lapone. Il faut savoir qu’elle a été presqu’entièrement rasée lors de la dernière guerre.
Les voitures commencent à cercler. Il faut dire que l’on est samedi soir. Les « Russ » (terme norvégien) débarquent dans la ville. Comme dans toute la Scandinavie, en réponse au coût prohibitif de l’alcool, on se saoule le samedi soir. Et ce drôle de soleil qui ne ferme pas l’œil !
La réglementation sur l’alcool est digne de la reine Victoria. Les boissons alcoolisées fortes sont vendues exclusivement dans des magasins d’Etat. Inutile de dire que c’est hors de prix ! C’est pourquoi les Scandinaves font la queue devant ces magasins dès le vendredi soir.

Nous, on continue… et l’on se rapproche de la frontière suédoise. 20 km avant la frontière, on campe dans la taïga lapone. Un peu moins de moustiques, ce soir !

Dimanche 16 juillet 1989

Temps couvert et pluvieux, ce matin.
A 11h20 (10h20, heure suédoise), on passe la frontière de la SUEDE, à Övertomà.
Nous faisons route en Laponie suédoise du Sud.
Les troupeaux de rennes qui vivent en semi-liberté sont signalés par des sacs noirs accrochés à des poteaux. Il faut ralentir. Les rennes ont la priorité !
Nous visitons un ancien camp lapon inoccupé à Arvidsjaur. Baraques en rondins qui donnent une idée de l’habitat lapon.


Le temps reste couvert.
Le soir, nous campons dans une clairière un peu avant Lycksele. Plus tard, le ciel tourmenté commence à rougeoyer. On sent que l’on est plus au sud et que nous allons retrouver bientôt la nuit.


Lundi 17 juillet 1989

Départ à 11h20. Arrêt à Lycksele.
Nous faisons route à l'intérieur de la Suède. On quitte la Laponie. Nous nous dirigeons vers le golfe de Botnie.
Le soir, nous allons camper non loin de la route en abord de forêt entre Härnösand et Sundsvall. Deux camping-cars sont arrêtés au même endroit. Nous ne verrons personne. Les gens sont enfermés dans leur véhicule…
Quant à nous, nous sortons comme d’habitude la table et nous mangeons dehors. L’« International Mosquito »* commence à faiblir…
Nous jouons au Nain-Jaune jusqu'à minuit avec les filles. Et, surprise ! Il commence à faire bien sombre, on a du mal à distinguer les cartes. On l’avait oubliée celle-là. C’est le retour de la nuit !

* Organisation secrète des moustiques ! (cf.  revue « La Hulotte » n°54 et 55.)

Mardi 18 juillet 1989

Toute la journée, on roule vers le sud.
Succession d’immenses forêts de conifères, un peu monotones. Les panneaux routiers signalent la présence d’élans. Mais nous n’en verrons jamais.
Nous nous arrêtons pour manger dans la taïga. Des crottes d’élan jonchent le sol. J’en ramasse quelques-unes, que je vais ramener en France. Petite consolation, pour n’avoir pas aperçu ces grands animaux.
Vers 17h30, nous arrivons à Uppsala.
Nous visitons la vieille ville (Gamla Uppsala), à 4 km au nord de la ville actuelle. L’église abrite de belles sculptures en bois, un retable et des fresques au plafond. Près de l’église s’alignent trois grands tumuli royaux.
Au centre-ville, nous visitons la cathédrale qui évoque étrangement les édifices gothiques français. Un peu trop clinquante !

Nous installons notre campement dans la nature à proximité.

Mercredi 19 juillet 1989

Départ vers midi. On ne s’est pas encore habitué au cycle jour - nuit !
Nous arrivons à STOCKHOLM vers 14h.
A la recherche d’un endroit pour nous garer, je pénètre dans un parking souterrain, sans tenir compte de l’indication de hauteur limitée. Et bien sûr, je touche le plafond. Le gardien, effaré, me lance : “You drive a car, and you don’t known  his height !” Penaud, je recule. Nous irons nous garer dans la rue. Le Trafic en gardera la balafre, éternellement.
Nous mangeons dans un kiosque à saucisses, le seul endroit de restauration que nous puissions nous permettre.
Nous passons l’après-midi en ville.
Bâtie sur un site magnifique, répartie sur 14 îles à l’embouchure du lac Mälaren, Stockholm collectionne les contradictions : une vieille ville superbe entièrement piétonnière (principalement du XVIIIe siècle) qui voisine avec un centre ultramoderne particulièrement raté.
Gamla stan (vieille ville) : c’est la cité médiévale toute serrée sur son île, avec de paisibles placettes, des rues tortueuses, de vieilles maisons à pignons qui me rappellent Amsterdam. Par contre, les rues sont pleines d’échoppes d’objets de pacotille pour les touristes. 


Des statues très réalistes représentant des passants émaillent le pavé du quartier piétonnier. 


De ci de là, on remarque des fenêtres très basses qui se déployaient pour former de petits comptoirs. Il y avait au Moyen Age 700 débits de boisson sur l’île. Les veuves de guerre avaient la permission d’ouvrir un bar. Les passants se réchauffaient en s’envoyant une aquavit (l’alcool des pays scandinaves).
Nous gagnons l’enceinte du château royal , d’esprit très classique et lourd. Aujourd’hui la famille royale ne l’habite plus. Nous visitons aussi la cathédrale. Presque tous les rois y furent couronnés.
La cathédrale fut réformée au XVIe siècle. A l’instar de la Norvège, l’église luthérienne est religion d’Etat.
A ce sujet, comme tout bon pays luthérien, la Suède est puritaine. Alors les idées reçues sont à mettre au placard, elles sont totalement fausses. A l’exception d’une seule : les Suédoises sont « incroyablement belles, dépassant les moyennes admises » (dixit le Guide du Routard)…
Le soir, la vieille ville reprend ses droits. Les touristes la désertent et les jeunes viennent emplir les cafés.
Au centre ville, nous arpentons Drottning gatan, l’axe principal du quartier et la rue piétonne la plus commerçante. On arrive sur la place Kungsträdgården, vaste esplanade avec terrasses et musiciens. C’est un des lieux les plus animés. Beaucoup de jeunes y traînent le soir, profitent de la musique qui déborde des cafés à terrasses en attendant la nuit qui ne veut pas venir. Un gigantesque jeu d’échec dessiné sur le sol attire les badauds qui observent les joueurs dans une profonde méditation. Un peu comme chez nous, face aux joueurs de pétanque ! Caroline les imite et va s’asseoir sur le banc à côté des joueurs.


On va boire un pot. Prix exorbitant : environ 50 couronnes suédoises pour quatre consommations.

Nous quittons la ville à 19h et nous arrêtons dans la nature près de Gresta, à 60 kilomètres au sud-ouest de Stockholm. Enfin… dans la nature, c’est beaucoup dire ! On n’est pas loin d’un dépotoir…

Jeudi 20 juillet 1989

Aujourd’hui, nous traversons la Suède vers l’ouest.
L’après-midi, nous faisons une halte à Linköping. Nous visitons la vieille ville (gamla stand), en dehors de la cité actuelle. C’est un village d’une cinquantaine de maisons en bois du XIXe siècle. Chaque maison est occupée par un artiste, un artisan ou un petit musée. 


On continue notre trajet jusqu’à Vadstena, au bord du lac Vattern. Maisons basses et rues pavées, propreté à la suédoise. Le château est un des plus beaux exemples de la Renaissance suédoise. Les douves communiquent directement avec le lac.
Alexia - interminablement, bien entendu !-  fait quelques photos.

Nous nous arrêtons vers 21h en forêt, après la ville de Jönköping.
En dehors des grands axes, les routes en Suède ne sont souvent pas bitumées. C’est donc par une large piste que nous atteignons l’endroit où nous allons nous installer. Après le repas, je fais avec Caroline une promenade de nuit sur la piste, après une dispute entre les filles. (Alexia plaide une discrimination parentale !)
Une chouette de Tengmalm qui part en chasse hulule dans la nuit…

Vendredi 21 juillet 1989

Trajet jusqu'à Göteborg, sur la côte ouest, premier port de Suède.
Nous prenons le bateau à 13h10.

Nous arrivons à 16h20 à Frederikshavn (nord de la péninsule du Jutland), au DANEMARK. C’est la plaque tournante du tourisme par bateau entre les pays scandinaves.
Trajet vers Grenen, l'extrême pointe nord du Danemark : ligne de partage entre la mer du Nord et la mer Baltique. Là, les deux mers s’affrontent en une vague perpendiculaire à la terre. Aujourd’hui les mers sont calmes ; donc le phénomène est peu impressionnant, mais curieux tout de même. Nous faisons une balade sur la grève.


Puis nous redescendons en voiture le long de cette étroite bande de terre, bordée de dunes.
Nous nous arrêtons à 20h15 pour la nuit. Contrairement à la Norvège et la Suède, le camping sauvage est théoriquement interdit au Danemark. On voit pourtant de nombreux camping-cars installés tout au long de la route.
Nous garons le Trafic sur une aire de pique-nique en retrait de la route. Et nous montons la tente des filles sur une petite butte de dune herbacée, hors des regards. Je remarque qu’il y a des fourmis, mais bah…, la nuit va tomber et leur activité va s’arrêter.

Samedi 22 juillet 1989

Au matin, c’est avec des cris que je suis accueilli à la tente. Le jour s’est levé, les fourmis ont repris leur activité. En longues cohortes, elles escaladent la tente située sur leur chemin pour descendre de l’autre côté. Les filles sont réveillées, voient passer les fourmis entre les deux toiles et n’osent pas sortir !

Nous faisons route à travers la péninsule du Jutland. Landes et forêts.
L’après-midi, nous visitons un cimetière et des fondations d'une ancienne ville viking à Nørresunby : 682 tombeaux entourés de cercles de pierre en forme de navire, et la fondation de la ville viking. Le site est superbe et la visite très intéressante.


En soirée, nous atteignons Århus qui fut une cité viking importante puis un port de commerce florissant, des siècles durant. Nous visitons "den Gamle By", une des curiosités les plus courues du Danemark. C’est la reconstitution d’un village danois, une sorte d’écomusée, avec 60 maisons à colombage de toutes les régions du pays. Poutre par poutre, pierre par pierre, on a reconstitué maisons bourgeoises et de commerçants, échoppes, ateliers, moulins, douane, poste, etc.


Nous poursuivons vers le sud jusqu’à Kolding. Nous nous arrêtons le soir dans une forêt.

Dimanche 23 juillet 1989

Nous nous dirigeons vers la frontière allemande que nous passons à 13h.
Trajet à travers la R.F.A. par les autoroutes.
A Hamburg, la boucle est bouclée. Nous y étions passés à l’aller puis nous avions bifurqué vers Lübeck.
Dans la soirée, nous quittons l’autoroute  et nous faisons étape près d’une petite route en abord de forêt, près de Meisungen (dans la Hesse).

Il pleut. Nous mangeons dans le fourgon puis faisons la vaisselle à la nuit, dehors sur un banc, avec bottes et capes de pluie.


Nous dormons tous les quatre dans le Trafic.

Lundi 24 juillet 1989

Nous poursuivons notre trajet de retour.
A midi, nous mangeons dans un self-service d'autoroute.
Nous arrivons à la maison à Schiltigheim vers 16h, après un périple de 8150 km.


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