mercredi 24 février 2016

1992 Pays baltes

Mardi 14 juillet 1992

A 9h, départ en Trafic avec Viviane et Caroline (15 ans) depuis Strasbourg, en direction des états baltes (ex. U.R.S.S.). Nous traversons l'ALLEMAGNE par les autoroutes (Karlsruhe, Frankfurt-am-Main, Erfurt).
En cours de route, une fumée inquiétante s’échappe du capot. Nous nous garons et faisons appel à un réparateur par un téléphone d’autoroute. Explications aisées en allemand !…
Problème de durite.
Vers 20h, nous atteignons Leipzig, en Allemagne de l'Est.
Nous recherchons un camping que nous allons trouver en bordure de la ville, l’Intercamping Auensee, en plein bois près d’un lac.  Un camping bondé qui fleure encore l’ancienne époque communiste : promiscuité assurée…
Nous dormons dans le Trafic et Caroline sous tente, ainsi qu'habituellement.

Mercredi 15 juillet 1992

Départ vers 10h.
Arrivée vers 12h30 à BERLIN, la capitale réunifiée.
Nous mangeons dans une pizzeria sur le Kurfüstendamm, à Berlin-Ouest.
Berlin-Ouest était un îlot du capitalisme ouest-allemand, longtemps enclavé dans la RDA, jusqu’à la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989.
« Ce jour là, le mur est pris d’assaut. Chacun y va de son petit coup de pioche. Les policiers viennent avec les bulldozers, les Allemands de l’Ouest apportent le champagne. Le monde entier est devant sa télé. La frontière est enfin ouverte ! » Dans la foulée, les flics de la terrible Stasi rendent leurs armes…

Nous passons l’après-midi à Berlin dans les deux parties de la ville (ouest et est) à pied.
Le Kurfüstendamm (Ku'damm pour les intimes) est l’avenue la plus fréquentée de Berlin. Ancienne chaussée de rondins que les princes électeurs empruntaient pour aller à la chasse. Bismarck la transforma en artère de luxe.

Au bout de l’avenue, l’église commémorative de Guillaume Ier, surnommée la « dent creuse » par les Berlinois, sert aujourd’hui de hall commémoratif. Elle est curieusement flanquée de la nouvelle église, une grande tour aux 20 000 blocs de verre bleu. 


Nous nous dirigeons vers la place de la République et le Reichstag. Le siège du parlement fut partiellement détruit par le fameux incendie qui déclencha la chasse aux communistes menée par Hitler, un mois après son accession au pouvoir.
La porte de Brandebourg, avec son célèbre quadrige, longtemps symbole de la division allemande, s’élève entre les ruines du mur et la Parizer Platz.


Lorsque je suis venu à Berlin-Est en 1985, la Parizer Platz était interdite d’accès. Impression étrange de voir la foule déambuler sur la place et passer librement sous la porte. Des vendeurs ambulants proposent toutes sortes d’objets hétéroclites comme des casquettes de soldats est-allemands et russes, des insignes militaires, des médaillons avec la faucille et le marteau… bref tout ce qui peut rappeler l’ancien régime.


Du mur, il ne reste que quelques bribes ici ou là qui ont été conservées en souvenir, avec des fragments de fresques et un alignement de grillages. Mais le no man’s land s’étendant entre les deux Berlin fait encore froid dans le dos.


Nous parcourons Unter den Linden, (le boulevard « Sous les tilleuls »), la grande avenue berlinoise, avec son enfilade de bâtiments historiques. Nous atteignons Alexanderplatz, ancienne place historique de Berlin détruite pendant la dernière guerre et transformée en une gigantesque esplanade. Je la reconnais, bien sûr ; mais l’atmosphère n’est plus la même.
Nous revenons par Checkpoint Charlie, l’ancien point de passage réservé aux visiteurs étrangers. Le fameux poste-frontière n’existe plus. Sous un pan de mur encore debout, on a installé un musée, « Am Checkpoint », consacré au mur et à son histoire.


Nous visitons le musée puis allons nous installer à la terrasse d’un café, en face.
Comme nous avons beaucoup marché, Viviane et Caroline sont fatiguées. Elles vont m’attendre là pendant que je retourne à l’Ouest rechercher la camionnette. Lorsque je suis revenu, le beau et grand verre dans lequel on m’a servi la bière attise la convoitise de Viviane, car elle collectionne les verres à bière. Elle souffle à Caroline, censée parler allemand, d’aller demander au serveur si on peut l’emporter. Caroline se dégonfle. Viviane lui annonce qu’elle va le piquer. « T’es pas chiche ! » Alors Viviane se saisit subrepticement du verre, l’engouffre dans son sac, malgré mon avis désapprobateur. Evidemment, on ne traîne pas et on rejoint rapidement le Trafic.

Nous quittons Berlin et roulons en direction de la Pologne.
Nous nous arrêtons dans la nature vers 20h, en lisière d’un bois. Nous commençons à nous installer et à boire l’apéritif. Mais il y a des chasseurs dans le coin. Ils viennent nous faire comprendre qu’on les gêne. On remballe tout et on s’installe un peu plus loin en bordure d'un champ. Nous dormons tous les trois dans le Trafic, au cas où…
A l’intérieur, un échafaudage escamotable primaire que j’avais fabriqué me permet de dormir à l’étage sous le plafond alors que Viviane et Caroline dorment en bas. Un peu juste : je dispose de cinquante centimètres de hauteur !

Jeudi 16 juillet 1992

Nous partons à 9h30 pour nous diriger vers la ville-frontière de Frankfurt-an-der-Oder (Francfort-sur-l’Oder). Nous franchissons l’Oder et, vers 11h30, nous arrivons en POLOGNE.
Nous allons traverser le pays d’ouest en est, passant à Poznań.
La première chose que nous remarquons sur les routes polonaises, c’est l’évolution du parc automobile. Les petites voitures des pays de l’Est, omniprésentes lorsque nous sommes venus l’an dernier, cèdent peu à peu le pas aux voitures occidentales.
Les magasins aussi : différence visible. Ils sont bien achalandés, se rapprochant des standards européens. Cela ne veut pas dire que les Polonais puissent suivre, avec une inflation galopante. Difficile apprentissage de l’économie de marché !
Nous nous arrêtons à 19h30 dans la nature, 90 kilomètres avant Varsovie. Nous sortons les chaises et la table de camping pour manger à l’extérieur. Soirée agréable dans la douceur de l’été.


Vendredi 17 juillet 1992

Au matin, après le petit déjeuner, c’est l’exercice de toilette habituel. Caroline se lave sous un arbre, avec une bassine d’eau sur la table de camping.


Nous arrivons à 11h30 à VARSOVIE.
Nous faisons une balade au centre-ville : place du Château, place de la Vieille Ville.
Nous retournons au Senator, un restaurant où nous avions déjà mangé l’an dernier. Il nous semble que l’accueil est moins chaleureux.
Dans l’après-midi, nous arpentons la Voie royale puis rejoignons le jardin Saski. L’abominable « Monument à la mémoire des victimes de la lutte pour la défense du pouvoir populaire en Pologne » a disparu, dégageant la perspective entre le palais Lubomirski et le jardin Saski.

Nous quittons Varsovie à 16h et faisons route vers le nord-est de la Pologne. Nous nous arrêtons en soirée, non loin de Grajewo (voïvodie de Łomża), dans la région de Podlachie. Nous nous installons en forêt, peu après les dernières maisons d’un village, à l’abri d’une haie.

Samedi 18 juillet 1992

Nous démarrons à 9h30, vers la pointe nord-est de la Pologne, passant à Augustów et Suwałki. Nous faisons le plein d’essence, car après on ne sait pas trop ce qu’on va trouver…
Nous nous dirigeons vers la frontière lituanienne, d’après la route directe indiquée par notre carte. Après le village de Szypliszki, nous suivons une petite route de campagne. Curieux ! Aucune indication de frontière. Des paysans dans les champs nous font des signes de la main semblant nous dire que ce n’est pas la bonne direction.
La route s’arrête à la lisière d’une forêt. Une guérite en bois et deux gardes-frontière. Juste derrière, une barrière interdisant le passage vers un chemin de forêt. On est à la frontière de l’ancienne U.R.S.S. Les deux jeunes militaires ont l’air étonné de nous trouver là. On explique tant bien que mal que nous allons en Lituanie. Ils nous font comprendre qu’il faut rebrousser chemin et que le poste-frontière se situe à 40 km plus à l’est.
Nous arrivons à 11h40 à Ogrotniki.
Depuis la dissolution de l’URSS, c’est le nouveau point de passage, et le seul, entre la Pologne et la Lituanie. Les Polonais, craignant une invasion de Soviétiques depuis l’ouverture récente des frontières, n’ont pas voulu ouvrir plusieurs points de passage.
Il va maintenant nous falloir être patients. Une file d’attente de camions et de voitures individuelles s’allonge sur plusieurs kilomètres. 


C’est la zone ! Des gens font du stop pour passer la frontière en voiture. Mais on nous a fortement déconseillé de charger qui que ce soit. Devant nous, un jeune, immatriculé en Italie, semble rentrer au pays. Il accepte d’emmener quelqu’un avec lui.


On avance au compte-goutte, par vagues. J’aurai largement le temps d’arpenter plusieurs fois à pied la file interminable des véhicules du début à la fin. Un camion devant nous porte une plaque internationale que je ne connais pas : « LV ». Je pose la question au chauffeur (enfin, j’essaie de me faire comprendre !...) Il me répond « Latvia », c’est-à-dire Lettonie. Merci !
Devant le poste-frontière, les gens attendent tranquillement, désabusés. Ce sont essentiellement des locaux qui semblent avoir l’habitude. Des baraquements provisoires ont été construits.


Nous allons patienter toute l'après-midi jusqu'au soir.

Nous passons d’abord la douane polonaise. Lorsque nous atteignons après plus de neuf heures d’attente le poste-frontière lituanien, les formalités elles-mêmes sont rapides. Je présente nos passeports et les visas, valables pour les trois pays baltes. On nous souhaite la bienvenue en  LITUANIE. Par contre, le jeune qui nous précédait, avec son passager, a été prié de se garer sur le bas-côté.

Annexée en 1940 par l’Union soviétique, la Lituanie est occupée par l’Allemagne de 1941 à 1945 puis devient une république socialiste soviétique.
Le 11 Mars 1990, la Lituanie proclame son indépendance qui sera reconnue le 6 septembre 1991 par l'URSS. Elle devient la République de Lituanie.

La nuit tombe après le passage en Lituanie. Il est 21h.
On cherche un endroit pour passer la nuit. Nous roulons jusqu’à Lazdijaï. Nous nous garons en bord de route, non loin du village. Après cette journée éprouvante, nous ne nous attardons pas. Nous mangeons et dormons tous les trois dans la camionnette. On verra bien demain…

Dimanche 19 juillet 1992

« Clip clop clipiclop…. » Le trot d’un cheval sur la chaussée nous tire de notre sommeil. Deux paysannes passent sur une charrette tirée par un cheval.
Après avoir pris le petit déjeuner dans le fourgon, nous nous mettons en route vers 10h (heure locale). Avec pour tout guide un livre en anglais « The baltic states », pratiquement inutilisable, et pour carte, les pages du guide, c’est-à-dire trois cartes de 17cm sur dix pour chacun des trois pays baltes. Autrement dit, on n’a pas intérêt à se perdre !
Partie de la grande plaine d’Europe du Nord, la majeure partie du territoire, située dans le bassin du Niémen, ne dépasse pas 250 m d’altitude, ponctuée de lacs, étangs et collines.
Nous nous dirigeons vers Alytus. En cours de route, nous sommes intrigués par d’immenses têtes de soldats soviétiques taillées dans la roche à la lisière d’une forêt.


Elles semblent surveiller l’envahisseur. Je me place à côté des sculptures : les têtes sont plus hautes que moi.
Nous poursuivons dans la campagne. Beaucoup de maisons sont en bois coloré, rappelant, seulement sous cet aspect, la Scandinavie.


Partout, les panneaux d’indications routières ont été grossièrement retouchés. Toutes les indications en alphabet cyrillique sont effacées, recouvertes par un trait de peinture. Volonté très visible et symbolique de couper les ponts avec le passé. Seules subsistent les indications en caractères latins.
Le lituanien est l’une des deux seules langues avec le letton, qui subsiste de la famille balte du groupe des langues indo-européennes. C’est la langue officielle de la république de Lituanie.
Nous faisons une halte dans la ville de Kaunas. Nous allons nous balader à pied dans les rues. En ce dimanche, la ville est morte. Quelques personnes se promènent. Il nous est encore difficile de nous rendre compte de ce qu’est la vie en Lituanie.
Kaunas, deuxième ville du pays, se trouve au confluent du Niémen et de la Neris. Elle fut fondée au XIIIe siècle et fut la première ville fortifiée. A partir du XVe siècle, Kaunas devint une ville marchande importante avec son port fluvial. Entre 1920 et 1940, elle fut la capitale provisoire de Lituanie.
La vieille ville de Kaunas séduit par ses tours médiévales et l’Hôtel de Ville de style baroque. Quelques bâtiments, originaux et bien conservés, se distinguent dans la vieille ville comme l’église de Vytautas. La Lituanie est majoritairement de culture catholique.
La maison de Perkunas est une ancienne maison de négociants, construite à la fin du XVe siècle. Les monuments de style gothique et baroque fleurissent. De belles enseignes en fer forgé embellissent les façades.


Tous les magasins sont fermés. Et de toute façon, nous n’avons que des devises. La monnaie est encore ici le rouble soviétique.

Nous quittons Kaunas. Peu après, nous nous arrêtons dans la nature pour manger. Il fait beau, mais de gros taons des bœufs peu sympathiques sont à l’affût.
L’après-midi, nous faisons route vers le nord de la Lituanie.
Ça et là, on aperçoit des kolkhozes, grandes coopératives d'exploitation collective qui recevaient leurs terres de l'Etat, propriétaire du sol.


Première république soviétique à avoir cherché à s’affranchir des liens avec l’URSS, la Lituanie a particulièrement souffert des bouleversements économiques consécutifs à la proclamation de son indépendance et à l’effondrement du bloc de l’Est.
Nous atteignons dans la soirée Joniškis. A 19h30, nous apercevons un étang. Il reste quelques pêcheurs qui ne vont pas tarder à quitter les lieux. Nous nous installons au bord de l’étang et nous montons la tente pour Caroline. Belle et douce soirée…

Lundi 20 juillet 1992

Nous quittons les lieux à 9h30.
La petite route de campagne atteint des baraquements en bois, plantés au milieu de la route. C’est la frontière entre la Lituanie et la Lettonie.
Après notre expérience de samedi pour entrer en Lituanie, nous étions tout de même un peu inquiets. Rien de tel ici. Vraiment curieux ! Auparavant, du temps de l’URSS, il n’y avait pas de frontière entre les républiques.
Frontière d’opérette établie depuis l’indépendance des pays baltes, la circulation y est pratiquement inexistante. Nous stoppons à la première guérite. On va passer d’une guérite à l’autre, parce que…il faut bien faire un peu sérieux. De jeunes soldats du contingent, un peu intrigués et amusés apposent benoîtement un vague tampon d’entrée sur nos passeports. A sa demande, Caroline en a droit à un plus beau que nous !
Nous entrons en LETTONIE.

La Lettonie acquiert une première fois son indépendance de la Russie en 1918. Lors de la Seconde Guerre mondiale, elle est d’abord envahie (en même temps que les deux autres pays baltes) par l’URSS puis occupée par l’Allemagne nazie, avant d’être libérée en 1944 par l’URSS qui l’annexe et en fait une république socialiste soviétique.
L’indépendance est restaurée le 21 août 1991, reconnue par l’URSS le 6 septembre. Elle devient la République de Lettonie.

Les distances sont courtes, dans les pays baltes.
La circulation est rare. On croise des voitures soviétiques ahanantes : Zaporozets, voiture de bas de gamme ; Moskvitch, un peu moins basique ; Jiguli, voiture standard ; et Volga, qui montrait qu'on avait réussi. On traverse de vastes étendues de pins, de bouleaux, de chênes et d'aulnes. Pas de relief. Le point culminant du pays est à 312 mètres d'altitude.
On longe des lacs dont les rives font le bonheur des loutres et d'innombrables cigognes. Des épouvantails en tissu multicolore peuplent les champs. Les prairies sont parsemées de meules à l'ancienne, en forme d’igloos.
En cours de route, nous tombons en panne d’essence. Nous remplissons le réservoir avec notre jerrican de réserve. Maintenant, il nous faut trouver une station pour faire le plein. C’est loin d’être évident. A l’écart de la route, nous trouvons une antique station. Il faut actionner une roue manuellement pour faire couler l’essence, à un taux d’octane très bas, destiné au parc automobile local.

Nous arrivons à RĪGA, la capitale, vers 11h.
La capitale de la Lettonie s’étend sur les rives de la Daugava, non loin de son embouchure dans le golfe de Rīga sur la mer Baltique.
Traversant la Daugava, nous visitons la ville, et notamment le vieux Rīga.
Le vieux Rīga compte de nombreux monuments historiques et architecturaux, dispersés dans un labyrinthe de rues qui n’a pas changé depuis le XIIIe siècle. Rues étroites qui rappellent l’atmosphère du Moyen Age. Disproportions, ruptures de lignes. C’est le cas des Trois frères, trois maisons d’habitation en pierre aux façades étroites, datant du XVe siècle. 


Les façades principales s’ouvrent souvent sur une petite cour.


Nous parcourons le marché aux fleurs, imposante forêt de parasols abritant des centaines de stands.

 

Comme dans tous les pays baltes, personne n'oublie les fleurs. On en offre à la moindre occasion. Ce n'est ni une prérogative féminine ni une courtoisie de nantis. On croise souvent des hommes modestement vêtus qui portent des pivoines, des bleuets ou des dahlias enroulés dans une page de journal.  Ces aimables offrandes font partie du savoir-vivre balte. C'est aussi une façon de se venger du climat nordique.
 Le cœur de Rīga est sa gare routière, à deux pas de la vieille ville, entre une voie de chemin de fer et la Daugava, fleuve qu'empruntèrent déjà les Vikings. Les bus de l'ère soviétique ont une carrosserie ronde, une étonnante couleur safran et des banquettes écornées.
Nous cherchons à changer de l’argent. On trouve des points de change mobiles partout en ville. Nous faisons la queue à l’un de ces guichets. Derrière nous, une dame qui nous entend parler français s’adresse à nous. Elle est interprète. Ça tombe bien, elle va pouvoir nous expliquer ce qui se passe. Aujourd’hui  la Lettonie  change sa monnaie, passant du rouble soviétique au rouble letton. Nous présentons nos devises, on nous demande si nous allons ensuite en Russie pour savoir quelle monnaie nous donner.
La dame ensuite nous explique les problèmes de citoyenneté actuels entre les populations russophone et lettone. Elle-même est russe.
À l’époque bénie de l’URSS, la vie était plus facile pour un russophone en Lettonie. En effet, les Russes bénéficiaient de tous les avantages d’une majorité fonctionnelle qui n’a pas besoin d’être bilingue et ils détenaient les clés de la domination économique, sociale, culturelle, etc.
Évidemment, la Constitution de la Lettonie soviétique a volé en éclats au moment de l’indépendance, et ce, d’autant plus que ce même texte avait été adopté dans les mêmes termes par presque toutes les anciennes républiques de l’URSS. Il s’agissait d’une «égalité forcée» destinée à avantager tous les Russes de toutes les républiques soviétiques.
Actuellement, certaines mesures comme la loi sur les langues paraissent radicales, destinées à «lettoniser» en particulier les russophones, provoquant leur inquiétude. Alors que les Baltes parlant le letton ne comptent que pour 53 %, les Russes représentent un tiers de la population.
Les religions principales sont les églises luthérienne, catholique et orthodoxe. La plupart des Lettons sont des protestants luthériens, tandis que la majorité des Russes sont orthodoxes.

La dame nous quitte après nous avoir donné quelques indications. Nous nous enfonçons dans des rues charmantes dont les façades sont peintes en couleurs pastel.


Nous allons à la Poste acheter des timbres pour Caroline et Serge, comme à chacun de nos voyages à l’étranger.
A midi, nous mangeons dans un restaurant pour une somme dérisoire par rapport à notre niveau de vie occidental.
Nous passons l’après-midi à Rīga. Nous envisageons de visiter un musée. Mais il est fermé. S’adressant à nous en anglais, une passante propose de nous le faire visiter quand même. Elle travaille au musée et en possède les clefs. Nous pénétrons à l’intérieur et parcourons les couloirs assez rapidement, essayant de saisir quelques bribes de ses explications en anglais. Le but de la dame est surtout de pouvoir parler à des étrangers. Elle nous fait visiter la ville, nous menant dans les principaux lieux de la résistance juste avant l’indépendance.
En janvier 1991, les forces soviétiques investissent Rīga. Le 13 janvier, une manifestation à Rīga réunit 500 000 personnes. Les barricades (beaucoup de machines agricoles) dans la vieille ville et autour des ministères affirment clairement la volonté de se défendre.
L’attaque du Ministère de l'Intérieur dont le ministre est à Moscou et le massacre par les unités spéciales sont retransmis en direct dans toutes les télévisions du monde : 6 morts et 10 blessés. Le sang froid de la population permet de ne pas céder à la provocation, qui devait servir de prétexte à l'intervention des troupes de l'Armée Rouge.
La dame nous demande de nous charger d’un colis pour la France. En effet, toutes les liaisons postales passent encore par Moscou, et le courrier met un temps fou à parvenir à l’extérieur. Nous nous en rendrons compte nous aussi. Des cartes postales que nous envoyons en France depuis les pays baltes mettront un mois pour arriver à leurs destinataires…
Le colis est donc confectionné, après des achats dans un magasin. La dame offre un petit bracelet à Caroline. Nous nous chargeons du colis que nous expédierons à Paris dès notre retour en France. Echange d’adresses. Nous disons au revoir à notre hôtesse à 18h30.
Quittant la ville, nous nous égarons dans une banlieue. Nous avons besoin de faire quelques courses. Nous entrons dans un grand magasin. Vraiment dépaysant  pour des Occidentaux.
Une grande salle avec des rayonnages au mur désespérément vides. Caroline n’en croit pas ses yeux ! Un poulet par ci, une motte de beurre par là, quelques légumes, des bouteilles au contenu incertain dans des cagettes au sol…
Lorsque nous arrivons à la caisse, pas de calculatrice mais un boulier. Une vitesse prodigieuse de manipulation. La caissière s’amuse de notre air interloqué. Elle a été plus rapide avec le boulier qu’avec une caisse enregistreuse. En prime, lorsque nous payons, elle n’a pas de quoi nous rendre la monnaie. L’appoint se fera donc avec des boîtes d’allumettes !

Nous nous dirigeons vers le nord de la Lettonie, longeant le golfe de Rīga. Nous cherchons à nous arrêter pour la nuit. Les campings sont pratiquement inexistants en Lettonie. A 20h, nous apercevons tout de même une indication de camping. Nous stoppons à une guérite d’entrée. On paye une redevance pour y pénétrer. En fait, il s’agit tout simplement d’un grand pré avec un seul point d’eau sous la forme d’un robinet et un WC rudimentaire en bois un peu à l’écart. Quelques tentes de vacanciers locaux. On ne passe pas inaperçus avec notre plaque « F ».

Il fait beau. On installe notre campement et on mange dehors sur la table de camping. Le soleil se couche sur la mer Baltique, romantique à souhait.


Viviane ne voudra jamais utiliser le WC, vu l’état douteux de propreté. Le bosquet plus loin sera plus hygiénique…

Nous nous promenons au bord de la mer, à la tombée du jour. Malgré la beauté du paysage, surtout ne pas toucher l’eau. Poubelle de l’URSS, la mer Baltique au large des pays baltes est une des plus polluées qui soient. 
                                                                 
Mardi 21 juillet 1992

Après une toilette sommaire et le petit déjeuner, nous reprenons la route.
Dans la matinée, nous atteignons Ainaž. C’est la frontière de l’ESTONIE.
Même genre de point de passage campagnard que pour l’entrée en Lettonie.

Le 6 août 1940, l'Estonie est incorporée à l'URSS sous le nom de République socialiste soviétique d’Estonie. Le 20 août 1991la République d’Estonie rétablit son indépendance, reconnue le 6 septembre par l’URSS.

De suite, nous sommes frappés par la différence linguistique avec les deux précédents pays. On a l’impression d’être en Hongrie ou en Finlande. Les pays linguistiquement baltes sont uniquement la Lettonie et la Lituanie, l'estonien étant une langue finno-ougrienne. On divise généralement le groupe finno-ougrien en deux branches : d'une part, les langues finnoises (le finnois parlé en Finlande, l'estonien parlé en Estonie et le lapon parlé dans la partie arctique de la Scandinavie); d'autre part, les langues ougriennes, avec le hongrois.

Nous remontons la mer Baltique, le long du golfe de Rīga, jusqu’à Pärnu. Puis nous pénétrons dans les terres, traversons le pays jusqu’au golfe de Finlande, sur la côte nord. 
L'Estonie est un pays de plaines basses et de collines, parsemé de nombreux lacs et cours d'eau. Maisons en bois et petits moulins. L'altitude moyenne est d'environ 50 mètres, le point culminant du pays n'atteignant que 318 mètres. Les marécages recouvrent plus de 25% du territoire.


Nous atteignons TALLINN, la capitale dans l'après-midi. A l’entrée de la ville, une station ultramoderne où l’on trouve de l’essence sans plomb. On peut payer en devises.
Nous sommes au point le plus au nord de notre voyage : 59°26’de latitude nord.
Tallinn comporte un fort taux de ressortissants étrangers. Le russe est parlé comme langue maternelle par un tiers de la population.
Cela est principalement dû à l'immigration organisée par l'URSS pendant la période soviétique (1944-1991). Ainsi, de nombreux citoyens soviétiques, pour la plupart des Russes, immigrèrent en Estonie. Cependant, le fait de résider à Tallinn ne leur permet pas, ni à leur descendants, d'accéder à la citoyenneté estonienne.

Nous visitons la vieille ville, les remparts, la cathédrale orthodoxe...
La vieille ville de Tallinn constitue l'un des témoignages les plus complets sur l'architecture médiévale. Entourée de remparts (XIVe – XVIsiècles), la cité prospère a été un poste-clef de la Ligue hanséatique : en 1219, les Danois envahissent la ville et y bâtissent un fort en pierre. A cette époque, la ville, membre de la Hanse, est à l'apogée de son histoire commerciale.
Principal port du pays, la plus nordique des capitales baltes préserve à merveille son passé de cité médiévale commerciale. Maisons colorées, ruelles tortueuses et nombreux édifices datant du Moyen Age : haute ville, édifiée sur le plateau calcaire de Toompea, et basse ville qui s'étire vers le port.


La cathédrale orthodoxe Alexandre Nevsky fut érigée en 1900. Le clocher de la cathédrale comporte le plus grand ensemble de cloches de Tallinn dont la plus grande pèse 15 tonnes. On peut les entendre carillonner avant chaque service religieux.


La religion principale de l’Estonie est le protestantisme luthérien. L’église orthodoxe, par la présence russe, est incontournable.
Un passe-muraille sur le mur d’une maison rappelle que Marcel Aymé est connu et apprécié en Estonie. 


Comparativement aux deux autres pays, l’Estonie semble plus ouverte vers l’extérieur. La proximité de la Finlande se fait sentir. La distance de Tallinn à Helsinki par la mer n'est que de 85 km alors qu'il faut 307 km pour aller à Rīga. Déjà du temps de l’URSS, on pouvait se rendre relativement facilement à Helsinki par bateau.
La ville est bien plus touristique que Rīga. D’ailleurs les commerçants parlent facilement l’anglais, langue inconnue en Lituanie et en Lettonie. L’atmosphère s’en ressent.
Nous changeons de l’argent, pour obtenir des couronnes estoniennes. La grande place de la basse ville est envahie de terrasses de cafés. Nous nous y installons pour boire un pot au soleil. On en profite pour aller acheter des timbres à la Poste.

Dans la soirée, nous quittons Tallinn et roulons vers l'est. On emprunte la Via Baltica, à travers une région de forêts, de plages de sable blanc, de falaises et de marécages.
En cours de route, je suis arrêté par la police. J’ai omis de réduire ma vitesse à 70 km/heure à l’approche d’une intersection, comme il est de règle sur les routes estoniennes. Après quelques tentatives d’explications, je dois payer une amende au taux le plus élevé sur une échelle de trois. Mais vu le cours de la couronne, c’est vraiment peu onéreux pour un occidental ! Les policiers me laissent jeter un coup d’œil dans leurs jumelles qui indiquent la vitesse du véhicule visé. Allez, au revoir et merci !

Nous cherchons un endroit pour passer la nuit. Les seuls campings sont en fait des camps de bungalows. Ce n’est pas ce que nous cherchons. 
A 20h45, nous nous arrêtons dans la clairière d'une forêt du parc national de Lahemaa.
Les habitations dans le parc sont rares, car cette région était autrefois un terrain militaire complètement interdit d’accès, et par le fait la nature s’en retrouve parfaitement préservée.
Nous établissons le campement : tente pour Caroline, table et chaises de camping dans la nature exubérante. Très longue soirée d’été. Quand nous nous couchons vers 23h, il fait encore jour.

Mercredi 22 juillet 1992

Au matin, le soleil se lève dans la forêt sur les bouleaux, les conifères et les épilobes en fleurs. Féerique !


Nous faisons route vers l’est jusqu’à Kohtla-Järve. Nous ne sommes plus ici qu’à une cinquantaine de kilomètres de la frontière russe et à 200 km de Saint-Pétersbourg. Nous bifurquons maintenant vers le sud par des petites routes de campagne et de forêt. Nous longeons le lac Peipsi, frontière avec la Russie.
Nous atteignons dans l’après-midi Tartu.
Ville universitaire, Tartu est la plus ancienne ville des pays baltes. Parmi les monuments du Moyen Age, la basilique Saint-Jean est la seule église d’Europe du nord décorée de sculptures en terre cuite. Dans le centre-ville, il y a bon nombre de bâtiments de style classique des XVIIIe - XIXe siècles : hôtel de ville, cathédrale.
Il fait très chaud : après avoir parcouru le centre-ville et un grand parc, nous nous rafraîchissons avec de délicieux jus de fruits.

Puis nous poursuivons notre trajet vers le sud-est, comptant nous rapprocher de la frontière lettonne. Nous traversons Võru, à l'extrême sud-est du pays. Perdus quelque part entre la Russie et la Lettonie, nous recherchons en vain une frontière. La carte que nous possédons est tout à fait  insuffisante pour nous indiquer une route. Nous parcourons des pistes forestières non bitumées, soulevant derrière nous des nuages de poussière, traversant des villages perdus dans la forêt. Des panneaux routiers, un peu surréalistes, indiquent : « attention, lupu » (loups).
La forêt estonienne couvre 40% du territoire. Des espèces très variées y vivent, telles le loup, l’élan, le daim, le lynx.
Nous allons rouler jusqu’à 21h. On renonce à continuer pour ce soir. Nous passons la nuit dans une forêt, non loin d’une ferme dont on entend aboyer les chiens. Quand elle se couche sous la tente, Caroline est vaguement inquiète. « Papa, il y a vraiment des loups ? - Oui, mais ne t’inquiète pas, ils ne s’approchent pas des habitations… »

Jeudi 23 juillet 1992

Au  matin, des  aboiements  nous  tirent  de notre sommeil. Un gros chien-loup tourne autour de la tente. Il accompagne deux paysannes qui passent sur le chemin avec quelques moutons qu’elles emmènent à la pâture. Elles nous font un petit signe et paraissent intriguées de notre présence ici en plein bois. De plus la plaque « F » n’est pas vraiment répandue dans la région.
Nous préparons le petit déjeuner dans la voiture. Quand les deux femmes repassent, le chien nous ignore superbement…
Finalement, nous passons la frontière dans la matinée à Valga. Ce n’est pas ce que nous avions prévu, mais l’essentiel est quand même de passer.

Nous traversons la Lettonie du nord au sud puis nous passons en LITUANIE dans la soirée.
On rencontre d’innombrables nids de cigognes, notamment sur les poteaux électriques.


Nous arrivons à VILNIUS, la capitale, vers 18h.
Cette ville se situe dans une région de collines boisées et de ravins. Elle est au confluent des rivières Néris et Vilnia dont elle occupe les terrasses communes.
Nous nous retrouvons sur la place de la cathédrale, place centrale rendue célèbre par la télévision. 
En janvier 1991comme à Rīga, les chars soviétiques investissent Vilnius et attaquent le Parlement. Landsbergis, président du Conseil suprême, appelle la population à le défendre. Les Soviétiques prennent le Département de la Défense, l’imprimerie, les bâtiments de la police, l’immeuble de la télévision.
A l’emplacement de la cathédrale gothique qui se trouvait dans le Château du Bas, s’élève aujourd’hui un édifice de style classique, l’un des plus beaux de la ville avec son imposant portique et sa colonnade dont l’architecture évoque un temple grec.
Séparé de la cathédrale, un clocher inhabituel, la tour de l’Horloge, rappelle le tracé de la douve qui entourait la place jusqu’au XIXe siècle et la destruction du château bas par les Russes.


A l’ouest de la place, s’étire la perspective Gedimino, l’artère centrale de la ville, que nous parcourons. Nous nous promenons ensuite dans les vieilles rues du centre. D’antiques trolleybus desservent la ville.
D'un point de vue architectural, le centre-ville de Vilnius est particulièrement bien conservé, notamment le quartier des ambassades avec ses façades typiques des pays du Nord de l'Europe, plutôt colorées et, souvent, largement sculptées. La ville est dominée par un superbe château en briques aisément visible car situé sur une colline.
La périphérie de la ville, par contre, ne brille pas par ses qualités architecturales. Elle conserve l'empreinte des tours d'habitation de béton gris de l'époque soviétique et est par conséquent assez mal intégrée au paysage verdoyant des campagnes environnantes. Néanmoins, il existe toujours des maisons traditionnelles entre deux barres. Basses et en bois, elles gardent souvent leur aspect originel par faute de moyens de leur propriétaire.

Nous entrons dans un bureau de change. Provenant d’Estonie, nous n’avons plus d’argent local. Nous échangeons des deutschemarks contre des roubles soviétiques : un minimum pour passer la soirée à Vilnius. « Une si forte devise pour un si petit montant ! » s’exclame l’employé.
Nous buvons un pot sur une place puis nous allons dîner dans un restaurant. Viviane commande du caviar. Vu le prix extrêmement bas, autant en profiter. Nous nous en sortons pour l’équivalent de vingt francs.
Nous prenons notre temps. Nous quittons Vilnius à 22h.
Nous roulons de nuit et sommes de  retour à la frontière de Lazdijaï  à 1h30. Et là, c’est l’enfer !...

Vendredi 24 juillet 1992

…Nous avions prévu d’arriver à la frontière tard dans la nuit, espérant à cette heure-là passer plus rapidement qu’à l’arrivée. Las ! Une interminable enfilade de véhicules s’étend sur plusieurs kilomètres avant la frontière. Nous sommes arrêtés toute la nuit, sans avancer d’un pouce. Nous apprendrons que de toute façon la frontière était fermée pendant la nuit. On essaie tant bien que mal de dormir un peu sur nos sièges. Pas possible.
Au lever du jour, quelqu’un frappe à la vitre. C’est un Français. Il paraît que les gens en transit peuvent passer. Donc, il double toute la queue. On ne sait pas ce qu’il est devenu et s’il a pu passer.
Nous allons être bloqués à la frontière pendant toute la journée... On avance de deux cent mètres toutes les deux heures à peu près. A un moment donné, me rappelant ce que nous a dit le Français ce matin, et sur l’insistance de Viviane et Caroline, je me décide à passer en force et doubler cinq cent mètres de file.
Blocage à une première barricade. Je présente nos passeports. Le cerbère de service s’éloigne avec. Il nous les rend un peu plus tard et nous fait signe d’attendre. C’est tout. Plus personne ne s’occupe de nous. Vers 13h, changement de brigade. Je réessaye encore de présenter nos passeports. Rien d’autre ne se passe. Bien ! Il va donc falloir se réintroduire dans la file. Oui, mais…les gens que nous avons doublés ne vont pas être d’accord. Des Belges flamands à qui nous avions offert du café auparavant nous proposent de nous laisser passer devant eux lorsque la file avancera. Ce que nous faisons. Mais, derrière, ça commence à râler, évidemment. Les routiers s’interposent. Alors le Belge ouvre son coffre, sort des verres et une bouteille de vodka. Et tout s’arrange miraculeusement sur le capot de la voiture. La vodka, remède magique…
On passe le temps comme on peut. Les Belges, qui sont d’origine balte et qui ont profité de l’ouverture des frontières pour visiter leur famille, nous racontent des histoires de bandits russes qui détroussent les touristes la nuit. Rétrospectivement, on a un petit frisson.
De temps en temps, on aperçoit des gens qui s’éloignent à pied à travers champs vers les baraquements de la frontière. Lorsqu’ils reviennent, ils peuvent passer avant les autres. Bakchich ?
Toute la zone frontalière est désertique, avec seulement un petit lac et un petit bois non loin de là. Aucune structure d’accueil ou d’hébergement. Pas de possibilité de téléphoner. Seuls des baraquements provisoires sont plantés ici et là. Heureusement, le ciel est couvert aujourd’hui, rendant l’attente plus supportable. Parce qu’en plein soleil…
On apprend d’ailleurs qu’une dame âgée a fait un malaise. Mais comme on est coupé du monde, personne n’est intervenu.
Les heures passent… On arpente les trois files d’attente (voitures, camions et autobus locaux). 


En ce qui concerne les autocars de touristes, en voyages organisés, (encore assez rares, il est vrai) ceux-ci passent devant tout le monde. Par contre, pour les bus locaux, certains sont là depuis trois jours !
Caroline nous demande si elle peut aller se promener. On est d’accord, à condition qu’elle revienne lorsque la file avance. Vers 21h, alors que nous allons enfin passer le premier barrage de contrôle lituanien, Caroline n’est pas là ! J’arpente toute la file de véhicules derrière nous, je fais le tour du lac et de la petite forêt, peu rassuré -car c’est vraiment la zone- et Caroline n’a que 15 ans ! Finalement, on la voit arriver tranquillement entre deux jeunes russes (ou lituaniens ?). En fait, elle était à 200 mètres derrière le Trafic et nous avait toujours à portée de vue. Donc pas de problème en ce qui la concernait. Voyant tout de même notre inquiétude, les garçons se confondent en excuse : « excuse me, sir, but… ».
On arrive enfin à la douane lituanienne. On comprend un peu mieux pourquoi le passage de la  frontière est si long. Devant nous, des passeurs de cuivre sont arrêtés. Au lieu de les faire garer sur le bas-côté, on leur fait vider la voiture sur place. Lentement, très lentement…

Samedi 25 juillet 1992

…Et ce n’est pas fini. On va encore passer toute la nuit dans le no man’s land entre les postes-frontières lituanien et polonais. Evidemment, on ne dort pas. Dans les bus, on entend de la guitare. Ils ont le moral. Les camions qui nous entourent mettent régulièrement leur moteur en route, pour chauffer la cabine. Nous, on est juste sous les tuyaux d’échappement !
Enfin, on atteint le dernier point de passage, la frontière de POLOGNE à 7h (heure polonaise) après 30 heures et demie de patience.
Un peu plus loin, sur le bord de la route, on retrouve les Belges que nous avons attendus. On se dit adieu.

Et maintenant, on va traverser la Pologne d’une traite. Il va falloir rattraper le retard, d’autant que Caroline est attendue par sa maman.
A midi, nous faisons halte à VARSOVIE. Nous mangeons dans un snack-bar sur la place du Palais Royal. Nous achetons un beau jeu d’échec en bois pour Jean-Lionel.
Le soir, à 19h30, on s’arrête dans une forêt pour manger. Puis nous reprenons la route. A 22h30, nous passons en Allemagne. Viviane et moi nous relayons pour conduire. Nous faisons le trajet de nuit avec quelques arrêts sur les aires d’autoroute...

Dimanche 26 juillet 1992

...C’est notre troisième nuit sans dormir. Nous traversons l'Allemagne. 
Nous arrivons à Schiltigheim vers 14h, après 5940 km de voyage.


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