mercredi 24 février 2016

1993 Slovénie

Dimanche 15 août 1993

A midi, départ de Schiltigheim en vacances avec Viviane et Caroline (16 ans), dans le Trafic.
Nous traversons l’ALLEMAGNE par les autoroutes (Stuttgart, München).
A19h30, nous nous arrêtons dans un camping à Prien-am-Schiemsee, en Bavière. C’est un camping en bordure d’un lac, le Schiemsee. Viviane et moi dormons dans le Trafic, Caroline sous tente.

Lundi 16 août 1993

Au matin, nous n’avons pas un mark pour payer le camping. Je me rends en ville à pied  pour retirer de l’argent.
Nous reprenons la route et passons en AUTRICHE.
Vers midi, nous arrivons à Salzburg.
Nous mangeons des salades dans un petit restaurant sympathique, sous une tonnelle.
L'après-midi, nous visitons la ville.
Forêt de clochers baroques et de dômes élégants se fondant dans un cadre merveilleusement naturel, Salzburg a séduit les romantiques du monde entier et a donné naissance à l’un des plus grands génies de la musique.

Intuitivement, le nez en l’air, on se balade à la recherche d’une enseigne plus jolie que la précédente. La « Getreidegasse » est la rue la plus célèbre de Salzburg, bordée de hautes maisons bourgeoises. C’est un festival de superbes enseignes en fer forgé tout au long de la rue. C’est dans cette rue que se trouve la maison natale de Mozart.


Sur la Sigmundplatz, un tunnel de 125 m de long creusé dans le Mönchsberg est un véritable exploit technique réalisé en 1764 pour relier directement la vieille ville et le quartier de Riedenburg. 
Nous visitons le Dom St Rupert, cathédrale au volume intérieur impressionnant certes, mais ample et froid. En revanche, on y découvre une merveilleuse croisée de transept et une superbe coupole octogonale. 
Le petit cimetière Saint-Pierre, collé à la falaise, abondamment fleuri et verdoyant, adorable et romantique, est le cimetière des grandes familles de Salzburg. « Ce cimetière est si beau qu'on a envie d'y mourir ! »  (citation du Guide du Routard). Ricanement de Caroline qui se souvient de nos visites de cimetières en Ecosse !


On accède par un funiculaire à la forteresse de Hohensalzburg, sur le Mönchsberg. C’est une accumulation d’édifices défensifs, d’arsenaux, tours, bastions, ajoutés dans tous les sens. Son aspect actuel date du XVIe siècle. Ce qui en fait l’une des rares forteresses d’Europe à demeurer dans son état presque initial.

Nous quittons la ville et nous installons vers 18h dans un camping à Koppl, à 8 km sur les hauteurs de Salzburg. La vieille tenancière du camping n’est pas des plus aimables, un brin soupçonneuse, mais elle nous vante le calme et la propreté des lieux ainsi que la vue splendide sur la ville.

Mardi 17 août 1993

Nous quittons le camping vers 10h. Nous allons traverser l’Autriche vers le sud, par la Styrie et la Carinthie.
L’Autriche est partagée en neuf régions fédérales. Même si le pays a déposé une demande d’adhésion à la Communauté Economique Européenne, une certaine tendance protectionniste s’en dégage.
Les trois quarts du territoire sont recouverts par les Alpes. C’est vraiment l’Autriche carte postale avec ses chalets, ses prés verts tirés au couteau, ses lacs aux eaux pures, ses superbes massifs et ses stations de ski. En corollaire, il est difficile de s’arrêter en bord de route. Tout est protégé, barricadé, grillagé.
En Styrie, nous faisons halte pour manger dans le fourgon, sur les bas-côtés d’une petite route agricole.
Nous atteignons dans la soirée la Carinthie, le Land le plus méridional d’Autriche. La très conservatrice et catholique Carinthie se fait aujourd’hui le chantre de la lutte contre l’immigration. Elle a porté à la tête du gouvernement provincial un jeune démagogue d’extrême-droite, Jörg Haider, qui base l’essentiel de son discours sur la xénophobie. Cette irrésistible montée en puissance inquiète la social-démocratie.
Nous nous installons à 17h au camping de Sankt-Veit-an-der-Glan. Nous sortons la table et les chaises. 


Un bref orage éclate.
Quand le soleil revient, nous nous préparons pour aller visiter la ville. Un petit coup de brosse sur les cheveux, et c’est parti.


Sankt-Veit-an-der-Glan fut, entre le XIIe et le début du XVIe siècle, la capitale de la Carinthie. Les ducs allèrent ensuite régner à Klagenfurt.
De 18h à 19h, nous parcourons le centre, jolie petite cité médiévale. « Hauptplatz » est une belle place fleurie d’une remarquable homogénéité architecturale : cours intérieures à arcades, porches sur colonnes et balcons sur deux étages. 

   
Nous visitons l’église paroissiale, aux origines romanes avec un chœur gothique (retables et pietà).
Nous passons ensuite la soirée au camping.

Mercredi 18 août 1993

Nous quittons le camping à 10h45. Nous retournons nous promener à St-Veit.
A l’intérieur du « Rathaus », la mairie, on découvre une jolie cour intérieure Renaissance avec arcades décorées de sgraffites


Plus loin, une coquette demeure gothique avec échauguette, un ancien arsenal, une tour, des vestiges de remparts…


Au milieu de Hauptplatz, une colonne de peste datant de 1715 et deux fontaines du XVIIe siècle.


Les terrasses des cafés voisinent avec les massifs de fleurs. On y fait une halte.

Nous continuons notre route et, vers midi, arrivons à Klagenfurt, la capitale du Land. Atmosphère très provinciale. Nous faisons une balade à pied en ville. Neuerplatz, la place Neuve, est le cœur de la ville où bat celui d’un dragon, le Lindwurmbrunnen. C’est l’emblème de la cité taillé dans du schiste noir en 1582. Alterplatz, la Vieille place, entourée de belles demeures, est le centre de la première ville médiévale, croisement des axes menant aux quatre portes de la ville.

Dans l'après-midi, nous montons vers la frontière. En cours de route, nous effectuons une balade à pied en forêt pendant une heure. Le Loiblbach coule entre des rochers escarpés de dolomies. L’entrée du site est payante. Nous nous contentons des baraques à souvenirs !
Avant de franchir la frontière, les derniers villages autrichiens pointent leurs clochers à bulbe vers le ciel. Sur les bords de la route, les réserves de bois dans les granges annoncent la rigueur des hivers au pied de la Tschepaschlucht et du massif des Karawanken qui marquent la frontière avec la Slovénie. Les dernières pentes du Loiblpass sont abruptes et il faut jongler avec les vitesses, entre la seconde et même un peu de première pour en finir.

Vers 16h, nous atteignons le tunnel de Loiblpass (1370 m). J’ai encore un vague souvenir de ce passage que j’avais franchi en 1972 avec Hichem. C’était alors la frontière de l’ex-Yougoslavie. Une fois le tunnel franchi, nous entrons en SLOVENIE.

La Slovénie était une république fédérée de la Yougoslavie depuis 1945. En septembre 1989, l'Assemblée générale de la République yougoslave de Slovénie adopte un amendement à sa constitution accordant le droit à la Slovénie de faire sécession de la Yougoslavie.  Le  23  décembre 1990, 90 % de la population slovène se prononcent par référendum en faveur de l'indépendance. Le 25 juin 1991, la Slovénie déclare son indépendance. Une guerre de dix jours avec la Yougoslavie s'ensuit, presque sans effusion de sang (du 27 juin au 6 juillet 1991). Après la forte opposition dont fait preuve la Slovénie, l'Armée populaire yougoslave retire ses forces. Le 20 janvier 1992, la Communauté Economique Européenne reconnait l’indépendance de la République de Slovénie.

A la frontière, on passe d'abord au bureau de change. La monnaie locale est le tolar. 
En route pour la descente, sur l'autre versant. Même paysage alpestre, mêmes sites grandioses, mais changement de décor en douceur, transition vers l'est et les Balkans, dès les premiers villages.
Au sein de la Yougoslavie communiste, la Slovénie a été la République la plus avancée et la plus prospère. La Slovénie s'est ouverte aussi bien du point de vue culturel, civique qu'économique, à un degré presque sans précédent dans le monde communiste.
Les voitures locales sont toutes équipées de la nouvelle plaque ovale internationale « SLO », signe extérieur de la fierté nationale d’avoir recouvré l’indépendance.
Nous roulons jusqu'à Kranj, ville située au nord du pays, dans la Carniole, au pied des Alpes slovènes. La région de Carniole comprend les vallées alpines de la rivière Sava qui y puise sa source, et celles de ses premiers affluents.
Nous visitons la ville pendant une heure. C’est une bourgade aux immeubles décrépis et à l’atmosphère surannée.
On s’arrête sur une place en terrasse d’un café pour boire une « pivo », une bière locale. Viviane cherche à récupérer un verre pour sa collection. Devant mon peu d’empressement, elle entre dans le bistro et en ressort avec à la main un verre d’«Union pivo» que lui a gentiment offert la serveuse. Pas besoin de parler slovène pour se faire comprendre !
Le slovène, langue officielle de la Slovénie, est une langue slave parlée par deux millions de personnes environ, principalement en Slovénie, mais aussi en Autriche et en Italie (région de Trieste). Il a conservé certains traits du vieux slave et a été influencé par le latin, l'allemand et l'italien.

Nous cherchons un endroit pour passer la nuit. Comme les campings sont rares, nous retournons en montagne pour 18h au village de Podljubelj, dans un camping que nous avions remarqué tout à l’heure en descendant de la frontière, dans les Alpes slovènes, à 700 mètres d’altitude. Nous y serons seuls.
Pendant que Caroline s’endort sous la tente, à la tombée de la nuit, je fais avec Viviane une balade à pied. Une passerelle sur le torrent permet de rejoindre facilement le village et son église Ste-Anne.

Jeudi 19 août 1993

Nous quittons le camping vers 11h. Guidés par quelques pages d’un ancien Guide du Routard du temps de l’ancienne Yougoslavie, nous arrivons à Bled, au pied des Alpes juliennes.
Bled est un des fleurons du tourisme slovène. La ville est célèbre pour son lac, Blejsko jezero, et son île avec sa chapelle, qui sont une des attractions touristiques majeures de Slovénie. Un château surplombe également le lac. Bled est aussi une station thermale.
Comme il se doit, un lieu touristique doit rapporter de l’argent. La Slovénie n’a pas tardé à se mettre au goût du jour du monde occidental. Lorsque l’on s’arrête face au lac, un gardien vient nous soutirer quelques tolars pour le stationnement.
Remontant le cours de la Sava, nous gagnons la vallée de Bohinj, dans les Alpes juliennes, et son lac « Bohinjsko jezero », le plus grand lac de montagne de Slovénie. Beauté sauvage de la nature qui l’entoure. Les sommets des montagnes voisines se reflètent dans le lac. Mais il y a quand même beaucoup trop de monde pour s’extasier ! Nous parcourons la rive sud boisée du lac. Nous pique-niquons sous la végétation forestière à côté du Trafic.
Dans l'après-midi, nous prenons un téléphérique vers le mont Vogel qui culmine à 1922m. On arrive à un hôtel sur un plateau à 1537 m d’altitude. C’est la station de sport d’hiver de la Slovénie. Nous faisons une promenade à pied sur la crête.
C’est au moment où nous sommes de retour au lac, à la descente du téléphérique, que l’orage éclate. On a juste le temps de courir nous réfugier dans le Trafic…
L’orage sera violent et bref.

A partir de Bohinjska Bistrica, nous quittons la vallée de Bohinj et empruntons une petite route de montagne qui va bientôt se transformer en piste.
Vers 17h30, nous nous arrêtons dans la forêt, au bord d'une piste de montagne. Nous installons le campement un peu en retrait, dans une clairière. Sur le talus débouchent plusieurs entrées d’un terrier de blaireau ou de renard. Devant les bouches de la tanière s’étalent des cônes de déblais, caractéristiques de la présence de blaireaux.
Nous passons la soirée dans la clairière. Par la suite, je fais une petite balade de nuit sur la piste avec Caroline. La lune brille et les grillons italiens font entendre leur chant mélodieux dans la nuit estivale.

Vendredi 20 août 1993

Au matin, nous constatons les dégâts. La poubelle, décrochée de la porte du Trafic, est répandue sur le sol. Il m’avait bien semblé entendre un bruit pendant la nuit !
Et Caroline se plaint d’avoir été dérangée par quelqu’un qui tirait sur les tendeurs de la tente. Elle a cru un moment que c’était moi qui m’était levé pour lui faire une blague ! Apparemment, le blaireau, ou bien le renard qui squatte son terrier, n’était pas content de notre intrusion sur son territoire. Il est même revenu plusieurs fois à la charge.

Après le petit déjeuner dans le fourgon, nous levons le camp et nous mettons en route à 9h30.
On aperçoit de temps en temps, stationnées dans les prés, des remorques pleines de ruches. Ces abeilles mobiles sont transportées par camions jusqu’aux meilleurs lieux de butinage.
Il s’agit d’une sous-espèce d'abeille slovène « Apis mellifera carnica » qui constitue une population animale indigène de Slovénie.
On débouche sur une route goudronnée à l’entrée de Železniki.

Nous atteignons vers 11h LJUBLJANA, capitale de la Slovénie.
 Ljubljana s’étend à 298 m d’altitude, dans un bassin situé entre le Karst et la région alpine.
Détruite par plusieurs tremblements de terre, Ljubljana a été reconstruite en styles différents, Renaissance et néoclassique, style Sécession (l’Art Nouveau autrichien) et, en dernier lieu, le baroque, influencé surtout par l’architecture baroque italienne.
Malgré la couleur autrichienne apportée par le règne des Habsbourg, Ljubljana a gardé un incontestable air slave.
La mairie (1718) est dotée d'une fontaine baroque et de deux cours ouvertes ornées de sgraffites. 


Les deux tours de la cathédrale de Ljubljana (1708) dominent la ville ; les fresques y sont impressionnantes.
Face à la façade de l’église franciscaine, Tromostovje (Trois Ponts, en slovène) est un des symboles de Ljubljana. 


Il se compose du vieux pont en pierre datant de 1842, appelé le pont Špital, et de deux autres ponts enjambant la rivière, œuvre de l'architecte Jože Plečnik, datant de 1931. L'ensemble des trois ponts permet l'entrée dans la vielle ville, l'ancienne Porte de Špital. 
Nous visitons la ville, nous baladant dans les rues du centre et sur les berges de la rivière Ljubljanica qui passe au pied des immeubles décrépis de style baroque.




Sur la « Trg Republike », la place centrale, se situe l’immeuble du Parlement.
Nous parcourons un marché coloré.


Nous mangeons ensuite dans un restaurant populaire, indiqué dans nos pages slovènes de l’ancien Guide du Routard. Nous avons de la chance, car ce resto existe toujours, fidèle à la description, ce qui n’était pas évident vu la rapidité des évolutions en cours.
L'après-midi, sous un soleil estival, nous montons au château. Juché sur une colline, il surplombe la rivière. C’est la curiosité la plus visible de la ville.
La colline sur laquelle il se trouve était peuplée au XIIe siècle avant J-C. La première grande fortification connue existait aux temps des Celtes, des Illyriens ; et plus tard, les Romains y avaient probablement un poste militaire. La forteresse médiévale remonte au IXe siècle. Les bâtiments principaux de l’actuel château furent construits et modifiés aux XVIe et XVIIe siècles.  
La  restauration des bâtiments  se poursuit encore aujourd’hui.
De retour en ville, nous visitons le musée national, datant de la fin du XIXe siècle, néoclassique : plafonds peints, collections d'antiquités, flore et faune, ethnographie régionale.

Nous quittons la ville vers 16h et nous dirigeons vers l’est du pays. Nous faisons halte dans la soirée au village de Vransko, au seuil des Alpes de Kamnik-Savinja. Une pancarte indique un « auto-camp » (terrain de camping). On se renseigne. Oui, on peut s’arrêter là, mais on nous fait comprendre qu’il va y avoir du bruit ! Une fête est prévue ce soir. On s’installe tout de même, on mange dans le Trafic.
Sur les hauteurs, une église toute blanche illuminée se détache à la tombée de la nuit sur le fond sombre des collines.



Les clochers des églises slovènes sont de toutes les formes et toutes les couleurs. Dans leurs écrins champêtres, ils sont autant de tableaux que l’on découvre au fil des chemins, nichés au milieu des paysages montagneux du nord du pays.

Effectivement je ne dormirai guère. La musique va commencer à la tombée de la nuit pour ne s’arrêter qu’à 4h du matin. Par contre, elle n’a guère gêné Viviane et Caroline qui semblent avoir bien dormi !

Samedi 21 août 1993

Dans la matinée, nous faisons une halte à Celje.
D’anciennes fortifications, de vieilles habitations,  des rues étroites et pavées…
Nous nous baladons en ville et faisons quelques courses.
On aperçoit les ruines du château sur la colline au-dessus de l’ancien cœur de la ville. 
On reprend la route et, vers midi, on s'arrête en forêt. On sort la table de camping dans un sous-bois. Nous mangeons, nous nous reposons à l'ombre, protégés des grosses chaleurs, jusqu'à 15h45.

Vers 17h, on arrive à Maribor, baignée par la Drave, au nord-est de la Slovénie. C'est la deuxième ville du pays. Au pied et sur les versants du Pohorje, massif des Préalpes orientales méridionales, se sont développés des vignobles à perte de vue, qui des abords de la ville s'étirent vers les collines.
Le cœur de la vieille ville témoigne de son passé florissant. Par contre, aujourd’hui, tous les commerces sont fermés. On est samedi, et la ville est déjà morte à 17h. Notre balade en ville se résume à arpenter quelques rues. Même les caveaux sont fermés. On ne s’y attarde pas.

On sort de la ville vers le sud-est. Ce plat pays de plaines et de prés, qui laisse tout son cours à la Drave, est serti dans les collines d’Haloze et de Slovenske Gorice. C’est la région traditionnelle de Styrie (Štajerska) située géogra-phiquement dans la plaine pannonienne.
A hauteur d’Hajdina, près de Ptuj, nous bifurquons vers l’ouest.
Par de petites routes de campagne, on traverse les collines d’Haloze. Le soleil couchant baigne les vallées d’une douce luminosité. Nous passons à une dizaine de kilomètres de la frontière croate.
Villages, prairies, vergers. Nous recherchons un endroit pour passer la nuit. Nous bifurquons sur une route qui bientôt n’est plus goudronnée. Nous dégageons derrière nous des nuages de poussière.

Aux abords du parc de Kosjansko, nous nous arrêtons vers 19h45 près d'une piste, dans la nature. Nous mangeons dans le Trafic et nous nous préparons pour la nuit. Viviane et Caroline dorment dans la camionnette. Quant à moi, je m’installe dehors. Sur une couverture de survie qui me protège de l’humidité du sol, je dors à la belle étoile dans mon sac de couchage.

Dimanche 22 août 1993

Dans le parc de Kosjansko, au contact du monde alpin et pannonien, la nature et les gens ont créé une mosaïque unique composée de prairies fleuries, d’anciens vergers, de versants boisés et escarpés, de ruisseaux aux eaux limpides, de fermes et de chemins qui vous y mènent.

Pendant toute la journée, nous allons traverser la Slovénie d'est en ouest par le sud du pays : petites routes et pistes de campagne. Contrairement aux autres républiques de l’ex-Yougoslavie, la Slovénie n’a pas souffert de la guerre et n’a pas connu les bombardements. Par contre, le conflit n’est pas terminé en Croatie voisine.
Nous empruntons la route des vins, de Sevnica à Trebnje. Nous traversons la Suha Krajina, un plateau de faible altitude où l’influence karstique se fait sentir. Nous atteignons Kočevje et nous nous dirigeons vers Ilirska Bistrica, dans les collines de flysch de Brkini.
Une fois ces collines traversées, nous sommes confrontés à un changement complet de végétation. C’est l’Istrie, au climat méditerranéen. On plonge sur Podgrad, un village près duquel Hichem et moi avions dormi sous tente le 24 juin 1972. J’essaie tant bien que mal de réveiller quelques souvenirs des lieux.
La route longe le pied des collines. Trois kilomètres avant la frontière italienne, nous bifurquons vers l’ouest et descendons à Koper, au bord de la mer Adriatique.
Après la Seconde Guerre mondiale,  l'Istrie fut disputée par l'Italie qui ne garda au bout du compte (en 1954) que Trieste (ainsi coupée de son arrière-pays) et la Yougoslavie qui annexa le reste. La Slovénie et la Croatie, après leur indépendance en 1992, ont conservé les frontières yougoslaves internes de 1954 de l'Istrie : la Slovénie disposait d'un débouché sur la mer comprenant Koper (« Capodistria » en italien) et Piran. L'Istrie appartient donc maintenant presque complètement à la Croatie.
Koper est dotée de l'unique port de commerce du pays. Durant les XVe et XVIe siècles, la ville était sous domination vénitienne. Le déclin de Koper est consécutif à la montée en puissance de sa voisine et rivale, Trieste.
De nombreux monuments témoignent des liens historiques avec Venise. C'est une ville bilingue slovène/italien. Et donc les panneaux indicateurs sont écrits dans les deux langues.
On se balade en ville. A « Titov trg », la place principale au cœur de Koper, on est vraiment sur une place de ville italienne. La cathédrale, romane d’origine,  est d’aspect extérieur gothique. Le campanile, imposant clocher indépendant transformé en tour municipale au XVe siècle, est de pur style vénitien.



De la terrasse supérieure, on jouit d’une magnifique vue sur la baie de Trieste.
Le Palais prétorien clôture le flanc sud de la place centrale : palais à étages avec escalier extérieur et deux ailes surmontées de tours surélevées à l’est et à l’ouest. Avec sa façade de style gothique tardif et Renaissance et ses salles intérieures hétérogènes, il représente le plus important palais profane de son époque en Slovénie.


Après cette promenade en ville, nous allons tous les trois prendre un pot à la terrasse d’un café-restaurant sur une avenue du bord de mer. Caroline a envie de se baigner. Je vais avec elle prendre un bain de mer sur la jetée, en face du port. On se change dans le Trafic.
Nous quittons la ville et remontons à l’intérieur des terres.
A 19h30, nous repérons un espace naturel accessible, aux abords d’une pinède. Nous allons nous y installer pour passer la soirée. Peu à peu les cigales cessent leur tintamarre. On sort la table et on mange à l’extérieur : vue splendide sur le golfe de Trieste en contrebas.
Je dors à nouveau à la belle étoile, dans la douceur méditerranéenne.

Lundi 23 août 1993

Nous levons le camp et atteignons la frontière dans la matinée. Nous passons en ITALIE.
Descente vers Trieste.
Le Territoire libre de Trieste était un État neutre qui exista de 1947 à 1954.
Il était formé de la ville de Trieste, d'une partie de l'Istrie et d'une bande côtière qui le reliait à l'Italie. Créé après la Seconde Guerre mondiale, il fut finalement divisé entre l'Italie et la Yougoslavie.
On traverse la ville et on la quitte par une route en corniche. Trieste, encaissée dans un grand cirque de collines, s'étale à nos pieds avec son grand port et ses docks au bord de la mer. Vue splendide. On fait une halte. En contrebas, des femmes nues sont allongées au soleil sur une plage. Association d’idées ! Tiens, où est donc mon appareil photo ? Ben…on a beau fouiller tout le fourgon, on ne le trouve pas. Mais c’est bien sûr ! J’ai dû l’oublier à Koper, hier soir, à la terrasse du café. Il ne nous reste plus qu’à  retraverser Trieste, repasser la frontière slovène et retourner à Koper. Heureusement, l’appareil photo a bien été trouvé par un client et gardé à la consigne de l’établissement. Ouf ! Vu la valeur de cet appareil Nikon (récupéré en Tunisie en 1985 des mains d’Hichem), on laisse bien volontiers un pourboire (en francs, car nous n’avons plus de tolars) pour remercier le personnel…
A nouveau en Italie, nous roulons le long du golfe de Trieste, vers Monfalcone. Quelques souvenirs aussi de 1972 : nous y avions pris le train, découragés de l’auto-stop !
Nous arrivons à Udine (dans le Frioul) : courte balade dans l'après-midi au centre-ville, qui  séduit par ses bâtiments gothiques et Renaissance. La « piazza della Libertà » est écrasée de chaleur… On va manger une glace dans une « gelateria ».

Nous nous dirigeons maintenant vers les Alpes carniques, un massif préalpin qui s'élève entre l’Italie et l’Autriche. Lorsque nous attaquons les premières vallées de montagne, la température baisse  peu à peu. Nous prenons de l’essence avant la montée. Comme nous n’avons pas assez de lires italiennes, nous payons avec la carte bleue.
Le ciel se couvre, le brouillard tombe, les degrés aussi… Vers 18h, nous passons en AUTRICHE au Plöckenpass (1360 m).
Nous descendons vers une vallée perpendiculaire au massif, en Carinthie.
Nous nous arrêtons au camping Alpen, en terrasse, au bord d’un petit lac,  à  la station climatique et de sports d’hiver de Kötschach-Mauthen. La pluie commence à tomber. Nous mangeons confinés dans le fourgon.

Mardi 24 août 1993

Le matin, nous traversons l'Autriche sous la pluie, par Lienz et les routes du Tyrol.
L’après-midi, c’est le trajet de retour par les autoroutes d’Allemagne (München, Stuttgart) jusqu'à Schiltigheim où nous arrivons à 19h30.


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